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Comment J-F. Copé a gagné l’UMP grâce aux «contrariants»

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Tous les acteurs de chaque camp se sont affairés avec conviction, chacun étant persuadé d’avoir gagné, donnant ce que tous les analystes et commentateurs ont qualifié de spectacle affligeant et désolant. Le parti était, paraît-il, au bord de la cassure en deux blocs ennemis. Finalement la commission, reconnue de part et d’autre, a donné son verdict : un candidat a gagné avec 98 voix d’avance avec 50.03 % des voix. La veille, le candidat perdant se disait gagnant à 232 voix.

Plutôt que se gausser ou se désespérer sur le spectacle prétendu triste ou cacophonique de ces déchirements, réalisons qu’il ne pouvait pas en être autrement et que le même spectacle eut été donné par n’importe quelle institution ou État lorsque le gagnant d’une élection l’est à quelques voix, moins que l’erreur statistique.

Martine Aubry l’avait emporté face à Ségolène Royal avec 102 voix d’avance

Ce scénario, aujourd’hui concrétisé à l’UMP, l’a été précédemment au PS lors de l’élection de Martine Aubry à 102 voix contre  Ségolène Royal, et surtout aurait pu arriver aux États Unis lors de la dernière élection qui a finalement donné la victoire à Barack Obama. Précisons que c’est effectivement arrivé plusieurs fois lors d’élections nationales. Au Mexique, en 2006, le président a été élu avec une différence de 233 831 voix soit 0.56 % des 41,6 millions de votants, en Italie, Prodi a gagné en 2006 contre Berlusconi avec 24755 voix sur 38 millions de votants soit 0.06 %, ou encore en Allemagne en 2005, où la différence entre Schröder et Merkel fut de 0.92 %. Cette quasi égalité fut évitée à la dernière minute lors de l’élection Bush/Kerry de 2004 avec des sondages qui ont donné une égalité quasi parfaite durant des semaines avant le jour du vote.

À chaque fois il y a une affrontement verbal et aussi juridique intense, mais finalement, conscient de la responsabilité tragique du choix de la rupture, le camp perdant a toujours accepté sa défaite même injuste à ses yeux et dans le fond. Rappelons les fameuses et fumeuses 573 de Floride de 2000 et ses centaines d’avocats.

Une fois le spectacle terminé, et les rouages institutionnels de nouveau en route, la question à se poser est celle de cette occurrence totalement improbable d’un vote à 50/50. C’est impossible par pur hasard et donc il existe un mécanisme qui produit cette quasi égalité des votes. Dans tous les cas où cela s’est produit, les sondages ont donné une nette avance à l’un des candidats des semaines durant la campagne.

Ce spectacle n’a donc rien de désolant, il est totalement légitime car si le principe de la démocratie majoritaire est de donner 100% du pouvoir à celui qui a obtenu de 50 % plus une voix, il est accepté et fondé parce que le vainqueur a toujours beaucoup plus qu’une voix de plus.

Un vote à 50/50 signifie de facto une victoire à « une voix » près. Accepter sa défaite à quelques voix est extrêmement difficile car, effectivement, ces quelques voix ne peuvent être que le fait de hasards, d’erreurs ou de fraude insignifiante dans l’absolu mais en l’occurrence décisive. Dans chaque cas, c’est inacceptable et pourtant, un des candidats aura forcément « la voix » de plus.

La sociophysique pour construire des modèles de comportements politiques et sociaux

Il serait peut-être temps d’arrêter de prendre un vote à 50/50 comme un accident improbable mais de le considérer comme un résultat solide qui s’est déjà reproduit ailleurs et plusieurs fois, et repenser notre organisation du pouvoir démocratique. Donner 100 % du pouvoir à un vainqueur qu’il est quelques voix par nature contestables, n’est pas forcément la meilleure façon de diriger une organisation ou un État.

Je reproduis ci dessous la partie théorique du texte publié à propos de l’élection américaine du 6 novembre :

Comment obtenir à la fois une volatilité d’opinion au niveau individuel, c’est-à-dire des gens qui changent d’avis indépendamment les uns des autres, et une stabilité collective avec une répartition globale qui reste constante à 50/50 ?

Il se trouve que ce genre de situations se rencontre souvent en physique de ce que l’on appelle la matière en désordre, et que de surcroît on peut s’en inspirer pour éclairer ce paradoxe d’élections à 50/50. C’est ce qui a été fait dans des travaux de sociophysique pour construire un modèle de dynamique d’opinion reproduisant de tels phénomènes. La sociophysique est un nouveau domaine émergent  de recherche parmi les physiciens du monde entier qui construisent des modèles de comportements politiques et sociaux à partir de concepts et techniques issus de la physique du désordre. Ajoutons que pour le moment il ne s’agit que de modèles, certes prometteurs, mais à ne pas confondre avec la réalité, bien que l’éclairant de façon contre-intuitive et novatrice.

Ainsi, la première hypothèse du modèle consiste à considérer des individus rationnels qui se font chacun leur opinion en fonction de leurs croyances, leurs cultures, leur vision de la société, et de toutes les informations qu’ils reçoivent aussi bien par les médias que par toute sorte de support. Ensuite, ils vont vouloir valider leur opinion en essayant d’en convaincre les autres lors de discussions en petits groupes avec leurs connaissances et rencontres.

Cependant lors des ces discussions souvent contradictoires, ils peuvent être convaincus de changer d’opinion. Pour tenir compte de ces changements individuels d’opinion, on applique des règles de majorité locales, qui, répétées, produisent un processus progressif de polarisation de l’opinion globale. Dans ce contexte, quelle que soit la répartition initiale des intentions de vote pour tel ou tel candidat, les dialogues et les affrontements entre les gens vont soit stabiliser la majorité initiale soit renverser la situation en transformant la minorité initiale en majorité. Mais dans les deux cas une majorité stable émerge.

En revanche, lorsqu’on introduit dans le modèle, en plus des agents rationnels, un certain nombre d’individus contrariants, les choses se compliquent de façon paradoxale et totalement inattendue. Un contrariant est quelqu’un qui par moment se détermine non pas par rapport à lui-même et ses valeurs, mais en opposition à la majorité de son entourage. Ce type de comportement est de plus en plus fréquent dans nos sociétés modernes. Qui ne l’a jamais constaté, voir pratiqué ?

En tout petit nombre, ces contrariants ne bouleversent pas la dynamique d’une campagne électorale, et à priori il n’y a pas de quoi s’en inquiéter. Mais les équations montrent que dès que l’on dépasse une petite proportion critique de contrariants de l’ordre de quinze pour cent, leur effet sur la dynamique d’opinion collective se manifeste de façon totalement inattendue en l’inversant de façon brutale.

Alors que les discussions locales entre amis créaient de la polarisation d’opinion, désormais, elles la réduisent. Collectivement, tout écart entre une majorité et la minorité se résorbe progressivement. Au bout d’un certain temps, l’effet contrariant conduit l’opinion collective à l’état de différence zéro. En termes mathématiques, on dit que cet état qui correspond à la parfaite égalité d’opinions pour les deux candidats en compétition, est l’unique attracteur de la dynamique. Plus on discute individuellement, et plus on se rapproche collectivement de 50/50.

 

Références :

S. Galam, Sociophysics: A Physicist’s Modeling of Psycho-political Phenomena, Springer (2012) Chap. 10

S. Galam, « From 2000 Bush-Gore to 2006 Italian elections: voting at fifty-fifty and the contrarian effect », Quality and Quantity Journal 41 (2007) 579-589

C. Borghesi and S. Galam, « Chaotic, staggered, and polarized dynamics in opinion forming: The contrarian effect », Physical Review E 73, 066118 (2006) 1-9

S. Galam, « Contrarian deterministic effect: the hung elections scenario », Physica A 333 (2004) 453-460

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