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Création d’un califat islamique en Irak et en Syrie: quelles conséquences?

30.06.2014 par La Rédaction

Entretien avec Fabrice Balanche, directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient et spécialiste de la Syrie.

Les jihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), qui combattent en Irak et en Syrie, ont annoncé dimanche 29 juin le rétablissement du califat, le régime politique islamique disparu il y a 90 ans à la chute de l’Empire ottoman. L’organisation, menée par le leader Abou Bakr al-Baghdadi, nouveau « calife », a pris le nom d’État islamique (EI) et appelle tous les musulmans et groupes jihadistes à lui faire serment d’allégeance.

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(Crédit photo: Shutterstock.com)

JOL Press : Devait-on s’attendre à ce que le Califat soit proclamé aussi rapidement, alors que les jihadistes de l’État islamique n’ont pas encore pris Bagdad ?
 

Fabrice Balanche : La date de proclamation du Califat est bien choisie, puisque c’est le début du ramadan. C’est très symbolique : normalement, pendant le mois du ramadan, les musulmans ne doivent pas se battre, et surtout pas entre eux. Or la contre-offensive du Premier ministre irakien chiite Nouri al-Maliki a commencé. C’est un moyen pour l’État islamique (EI) de jeter l’anathème sur l’armée de Maliki, soutenue par la Russie – qui vient d’ailleurs de lui livrer des nouveaux avions de combats –, par les Américains et les Iraniens, c’est-à-dire tous les « ennemis » des jihadistes.

C’est aussi un moyen, pour le leader de l’État islamique Abou Bakr al-Baghdadi, de dire qu’il rétablit le Califat, vieux rêve de tous les musulmans, prétextant que la coalition internationale liguée contre lui – l’Occident, l’Iran, et les régimes arabes alliés de l’Occident (Bachar al-Assad et Nouri al-Maliki) – est la preuve que tout le monde l’attaque pour détruire ce Califat et la grandeur musulmane. C’est un coup de publicité, une manière de s’attirer de nouveaux combattants et financements, et d’inciter d’autres groupes rebelles en Syrie à le rejoindre au lieu de le combattre.

JOL Press : Quelle aire géographique est concernée par ce Califat ?

Fabrice Balanche : Si l’on se souvient du Califat à l’époque des abbassides et des omeyyades, ils avaient d’abord Damas puis Bagdad comme capitale. Aujourd’hui, l’État islamique est encore loin d’avoir ces territoires. Il y a quand même une continuité géographique puisque les jihadistes de l’EI tiennent des territoires dans l’est de la Syrie, à l’est d’Alep, la vallée de l’Euphrate et jusqu’en Irak où ils tiennent le nord sunnite, la région de Mossoul, la ville de Tikrit, les provinces d’Al-Anbar et Ninive, aux portes de Bagdad.

JOL Press : Financièrement, un tel Califat peut-il survivre ?
 

Fabrice Balanche : Depuis un an déjà, on sait que les jihadistes de l’État islamique lèvent les impôts en Irak et en Syrie dans les régions qu’ils contrôlent. Les prises d’otages leur rapportent de l’argent, de même que les dons divers. Ils génèrent également un peu de trafic avec l’exploitation du pétrole, mais cela ne va pas très loin : il s’agit surtout de quelques camions citernes vendus aux populations locales.

Dans le cas utopique où ils arriveraient à se maintenir, à créer un véritable État et à exploiter le pétrole qui se trouve dans la région de Mossoul en Irak, et dans la région de Deir ez-Zor en Syrie, cela leur donnerait effectivement davantage de ressources. Encore faudrait-il qu’ils parviennent à vendre ce pétrole et à l’exporter. Or ils sont aujourd’hui complètement enclavés : il faudrait que les Turcs, les Irakiens ou les Saoudiens acceptent de laisser passer leur pétrole. Pour toutes ces raisons, il semble difficile de dire qu’ils pourront avoir un jour une existence économique propre.

Il est aussi clair qu’on ne peut expliquer la montée en puissance de cet État islamique que par un fort soutien des Saoudiens, qui se servent de l’État islamique comme ils se sont servis des Moudjahidines en Afghanistan dans les années 80. Grâce à l’EI, les Saoudiens, pour qui la priorité est de limiter l’influence iranienne, ont réussi à casser l’axe chiite pro-iranien, et à mettre en difficulté le régime de Nouri al-Maliki et le régime de Bachar al-Assad, deux alliés de l’Iran.

JOL Press : Selon le discours de proclamation du Califat, « il devient une obligation pour tous les musulmans de faire serment d’allégeance » au calife. Quelles conséquences cela va-t-il avoir sur les groupes islamistes comme Al-Qaïda ou d’autres groupes jihadistes présents en Syrie et en Irak ?
 

Fabrice Balanche : Le calife, en arabe khalif, est le successeur de Mahomet, qui a le pouvoir spirituel et temporel sur l’ensemble du monde musulman (les chiites ne le reconnaissent pas). Le dernier calife est le calife ottoman, destitué en 1924. Depuis, personne n’a osé se proclamer calife. Les Saoudiens se sont proclamés protecteurs des lieux saints ; Ben Laden, au plus fort de son aura et de sa légitimité, c’est-à-dire après le 11 septembre, ne s’est pas proclamé calife.

Le Califat est resté quelque chose d’utopique pour tous les mouvements islamistes. Cette annonce est très audacieuse car l’État islamique espère avoir des soutiens dans l’ensemble du monde musulman. Cela fait partie de la lutte d’influence post-Ben Laden : on savait qu’après la mort de Ben Laden, il y aurait une forte concurrence entre des chefs jihadistes pour s’imposer dans la nébuleuse. On l’a notamment vu lors du conflit entre Abou Bakr al-Baghdadi et Ayman al-Zawahiri, idéologue d’Al-Qaïda, successeur spirituel de Ben Laden.

Celui-ci a refusé de plaquer le « label » Al-Qaïda à l’État islamique, préférant le Front al-Nosra en Syrie. Baghdadi a donc rejeté Zawahiri, en disant qu’il n’était pas légitime, contrairement à lui qui combattait sur le terrain. Puis Baghdadi a lancé ses troupes contre le Front Al Nosra et ses alliés, pour les obliger à se rallier à lui, et les combats continuent de faire rage entre différents groupes rebelles en Syrie. Mais on a vu récemment, notamment dans la ville d’al-Boukamal, située entre la Syrie et l’Irak, que des combattants du Front al-Nosra, pourtant affilié à Al-Qaïda, ont fini par rejoindre l’État islamique. Ces groupes rejoignent l’EI parce qu’ils sont plus forts, et qu’ils considèrent donc que ce sont les plus légitimes.

En se proclamant calife, al-Bagdhadi peut ainsi attirer idéologiquement des groupes vers lui et en freiner d’autres. S’il y a une fatwa de Zawahiri ou des fatwas émanant d’autres autorités de l’islam ou de cheikhs sunnites disant qu’al-Bagdhadi n’est pas calife, cela mettrait le trouble dans le monde musulman.

JOL Press : Doit-on alors s’attendre à un afflux de combattants jihadistes étrangers en Irak et en Syrie venus soutenir l’État islamique ?
 

Fabrice Balanche : Cette proclamation peut en effet participer à une accélération des mouvements de nouveaux combattants venus rejoindre l’État islamique. Se montrant attaqué par tout le monde et seul contre tous, le calife veut essayer de rétablir la grandeur de l’islam : pour al-Baghdadi comme pour ceux qui gravitent autour de ces mouvements jihadistes, c’est la preuve qu’il est bien légitime car tout le monde cherche à l’abattre. Le fait que tout le monde en parle lui fait aussi une publicité énorme, qui peut contribuer à attirer vers lui des nouveaux combattants jihadistes.

Propos recueillis par Anaïs Lefébure pour JOL Press

———-

Fabrice Balanche est maître de conférences à l’Université Lyon 2 et directeur du Groupe de Recherches et d’Etudes sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (GREMMO). Agrégé et docteur en géographie, il a fait de nombreux séjours au Moyen-Orient depuis 1990. Spécialiste de la Syrie, il a publié en 2006 La région alaouite et le pouvoir syrien puis Atlas du Proche-Orient arabe en 2011.

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