Un homme quitte son emploi à 22 ans pour partir à vélo : il parcourt 648 000 km à travers 282 pays et ne revient chez lui que 51 ans plus tard
En 1962, Heinz Stücke abandonne son travail pour se lancer dans un voyage à vélo. Il refuse de retourner chez lui et parcourt 648 000 kilomètres à travers 282 pays pendant 51 ans.
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En novembre 1962, l’Allemagne connaît un essor économique incroyable, mais Heinz Stücke se sent piégé. À 22 ans, ce jeune homme originaire de Hövelhof, un village de Westphalie, endure des journées de travail interminables à l’usine. La monotonie de ses tâches est épuisante. Son père, issu d’une lignée agricole, refuse de financer des études qu’il considère trop coûteuses.
Son avenir semble déjà tracé. Heinz décide alors de s’échapper. Il enfourche son vélo de trois vitesses, fabriqué à Paderborn, et quitte sa région natale. Son but initial est d’assister aux Jeux olympiques de Tokyo, prévus en 1964. Ce qui devait être un simple voyage se transforme finalement en une odyssée ininterrompue de plus d’un demi-siècle.
Une existence entière sur un vélo à trois vitesses
Heinz ne parvient pas à atteindre les Jeux de Tokyo. Son rythme est trop lent, mais cela ne l’affecte pas le moins du monde. Il commence par parcourir l’Afrique, croise la route de l’empereur éthiopien Haïlé Sélassié, puis embarque sur un cargo à destination du Brésil. L’inconnu le captive. Au fil des mois, il repousse sans cesse la date de son retour.

La route devient son foyer. Au cours des décennies, Heinz Stücke parcourt précisément 648 000 kilomètres grâce à la force de ses jambes. Il explore 282 pays et territoires. Son vélo subit de nombreux traumatismes. Le cadre en acier de sa monture se casse à 16 reprises, et il le fait réparer par des artisans locaux à chaque fois. Son vélo, lourdement chargé, attire l’attention et suscite la convoitise : il lui est volé six fois. Le cycliste fait appel à la police et aux journaux locaux, réussissant toujours à le retrouver.
Pour voyager, il doit franchir des frontières. Au cours de son aventure, il remplit 21 passeports avec des visas et des tampons. Quinze d’entre eux ont survécu à son périple, les autres ayant été volés ou perdus. Pendant les nombreuses heures passées à attendre dans les ambassades ou abrités sous sa tente durant les tempêtes, Heinz écrit. Il remplit 18 000 pages de notes sur son quotidien.
Financer son voyage et échapper à son ancienne vie
Pour subvenir à ses besoins, l’Allemand doit constamment s’adapter. Il imprime des brochures racontant ses aventures et les vend aux passants dans la rue. Il donne des conférences dans les villes qu’il traverse. Au fil du temps, les médias s’intéressent à son parcours. Des magazines achètent ses récits et ses photographies. Dans les années 1990, le livre Guinness des records le consacre officiellement comme l’homme ayant effectué le plus de voyages dans le monde.
Les rencontres jalonnent son parcours, mais l’attachement est complexe. À Hong Kong, il se lie d’amitié avec un propriétaire de magasin de vélos, Mister Lee, qui l’aide financièrement. En parallèle, Heinz entretient une relation à distance pendant huit ans avec Zoya, une jeune femme originaire de Biélorussie. Elle finit par le quitter en réalisant que cet homme n’a rien de matériel à lui offrir, seulement des récits d’aventures.
L’engagement de Heinz envers son voyage frôle l’obsession. Il sacrifie tout lien familial. En 1966, alors qu’il pédale dans la forêt tropicale en Équateur, sa mère décède d’une crise d’asthme. Il ne reçoit la nouvelle que tardivement, un mois après le décès, et elle a déjà été enterrée. En 1977, alors qu’il est sur le point de rentrer en Allemagne, il est submergé par la nostalgie. Il fait alors demi-tour : revenir signifierait redevenir ouvrier de la classe moyenne. Douze ans plus tard, son père passe également de vie à trépas. À ce moment-là, Heinz se trouve en Chine. Encore une fois, il ne rentre pas.
Les dangers de la route et les limites du corps
Vivre constamment à l’extérieur l’expose à de nombreux dangers. En Afrique, un combattant zimbabwéen lui tire dans le pied. À la fin des années 1980, lorsqu’il s’aventure dans des zones interdites du Tibet, il est arrêté par les autorités chinoises. Son matériel photo et son vélo sont confisqués. Il est expulsé du pays, parvient à récupérer ses affaires grâce à l’intervention de l’ambassade d’Allemagne, puis obtient un nouveau passeport au Népal pour retourner en Chine.
En 2012, son corps commence à lui faire défaut. À 72 ans, après avoir pédalé de Nairobi jusqu’au Cap en Afrique du Sud, il tente de rentrer en Europe à bord d’un cargo. L’équipage refuse de l’accepter, exigeant un certificat médical prouvant son aptitude à voyager. Il est jugé trop âgé. Quelques jours plus tard, il subit une agression violente dans les rues du Cap. C’est l’incident de trop.
Un musée personnel comme ultime refuge
Le retour devient inévitable. Au printemps 2014, à l’âge de 74 ans, Heinz Stücke rentre enfin à Hövelhof. Sa ville natale l’accueille en lui offrant un appartement, sans exiger de loyer. L’accord conclu avec la municipalité est clair : à sa mort, tous ses souvenirs constitueront un musée local.

Son appartement est rempli des vestiges de plus de 51 ans d’aventures. Des pneus crevés, des portefeuilles usés et des couvre-chefs déformés par le soleil ornent les murs. Plus de 100 000 diapositives sont conservées dans des classeurs. L’ancien voyageur reçoit presque quotidiennement des curieux désireux d’écouter ses récits, tout en percevant une modeste pension de l’État de 234 euros. Le cycliste qui refusait de s’arrêter a finalement quitté ce monde paisiblement chez lui le 22 juillet 2026, à l’âge de 86 ans.
Sources : Blick & Outside Magazine
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À propos de l’auteur : Manon Moreau
Journaliste polyvalente, Manon s’intéresse à l’actualité, aux sujets sociétaux, à la culture et à la vie pratique. Elle privilégie des angles concrets, des sources variées et des explications claires, quel que soit le sujet abordé.
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Juliette Martin est journaliste spécialisée en politique internationale, avec une passion pour les relations diplomatiques et les questions géopolitiques.