Le film de Zou Jing, à la fois rythmé et finalement empreint d’optimisme malgré sa mélancolie, raconte une histoire de survie existentielle, portée par la superbe actrice Li Gengxi, vue dans « Resurrection ».
Les blessures de l’abandon et du déracinement sont au cœur du poétique « A Girl Unknown » de Zou Jing, une représentation sobre et dévastatrice d’une jeune fille dont l’identité, voire l’humanité, a été malmenée par une législation défaillante. Cette législation en question est la célèbre politique de l’enfant unique en Chine, récemment analysée dans le documentaire saisissant de Nanfu Wang, « One Child Nation ». Bien que « A Girl Unknown » ne soit pas directement une étude de cette initiative sévère mise en place en 1979 pour contrôler la croissance démographique du pays (et officiellement abolie au début de 2016, avec ses restrictions supplémentaires supprimées dans les années suivantes), les échos de cette politique résonnent tout au long de l’histoire de Jing, qui s’étend sur 12 ans, à partir des années 1980.
Face à la préférence culturelle pour les garçons dans de nombreuses familles patriarcales, les jeunes filles ont été souvent abandonnées ou mises en adoption, entraînant un cycle vicieux de rejet et de survie. Parmi ces survivantes se trouve Wang Juan (Cao Ruofan), que nous rencontrons alors qu’elle n’est qu’une petite fille de six ans, profitant de l’insouciance de l’enfance près de plans d’eau ruraux et dans son école lumineuse et accueillante. Comme tout enfant, elle se met dans des situations délicates de temps à autre, mais cette petite fille au caractère bien trempé ne se laisse pas marcher sur les pieds par les idiots ou les tyrans de son village.
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La vie de Juan prend un tournant lorsque sa mère tombe enceinte, l’emmenant dans un long voyage jusqu’à la maison d’un couple sans enfant : la toujours inquiète et élégante Ding Meishuang (Shen Jiani) et son mari Wang Weiqiang (Zu Feng), irritable et généralement taciturne, qui ne semble pas vouloir avoir affaire à la petite fille. Il est évident que cet arrangement a été décidé longtemps avant, sans que Weiqiang en ait été informé. Sa mère s’en va discrètement le matin, laissant Juan derrière elle.
Zou construit avec soin ce nouveau chapitre de la vie de Juan et de ses nouveaux parents, tout en révélant progressivement les sources du traumatisme profondément enraciné et des conflits conjugaux du couple. Elle excelle à établir la dynamique entre Meishuang et Weiqiang, adoucissant notre première impression d’eux avant de nous dévoiler des complexités plus douloureuses de leur histoire commune.
En collaboration avec son directeur de la photographie Liang Zhongqiang, Zou met également en valeur les couleurs vives et les paysages côtiers du nouveau monde paisible de Juan, où elle s’adapte à une routine qui inclut des cours de danse, qu’elle maîtrise avec brio. Un film moins habile aurait peut-être choisi des visuels plus sombres pour accentuer la dure réalité dans laquelle Juan se retrouve. Cependant, le cinéma de Zou comprend que les vérités peu idéales peuvent souvent être dissimulées sous des surfaces esthétiques.
Au fur et à mesure que Juan grandit et change plusieurs fois de nom à la recherche d’une identité qui lui corresponde, l’excellente Li Gengxi (vue dans le rêveur « Resurrection » de Bi Gan) prend la relève de Cao pour incarner Juan durant son adolescence. D’autres changements se profilent à l’horizon lorsqu’un couple différent apparaît soudainement pour revendiquer légalement Juan, devenue une jeune femme recluse, victime d’un prédateur sexuel. (Zou aborde avec sensibilité et acuité l’agression sans la montrer, gardant le focus sur la survie et la persévérance de Juan plutôt que sur l’acte violent lui-même.)
Le nouveau chapitre de la vie de Juan se déroule dans une usine de vêtements, où elle travaille pour un salaire dérisoire le jour, vivant la nuit dans le dortoir lugubre et surpeuplé de l’établissement. Le rythme de Zou est doux et patient alors qu’elle suit Juan à travers ces hauts et ces bas avec compassion, observant les rares moments de sécurité et de camaraderie qu’elle trouve en compagnie des autres. Par ailleurs, une tragédie indescriptible qui frappe une collègue de l’usine illustre davantage le sort des jeunes filles dans l’histoire récente de la Chine.
Zou est une styliste talentueuse et subtile dans sa manière de capturer les saveurs des années 1990, à travers des affiches qui décorent le mur de Juan — « Trainspotting » étant particulièrement présent en ce sens — ainsi que les modes adolescentes de l’époque. Bien qu’il y ait des moments où elle recourt à des clichés (comme des plans sous-marins existentiels trop appuyés de Juan), ceux-ci peuvent être pardonnés dans un film par ailleurs spécifique et subtil, exempt de pièges formulaires.
Pour une histoire aussi tendre, si pleine de souffrance et de fragilité humaine, il semble miraculeux que « A Girl Unknown » choisisse l’optimisme comme note de conclusion. Pourtant, Zou laisse transparaître l’espoir tout au long de son récit, qui avance de manière fluide mais avec assurance, mettant en avant des instants fugaces de beauté dans la nature et dans l’art. Cela en soi semble être une forme de rébellion, osant célébrer l’humanité vivante et respirante de ceux qui se sont autrefois sentis effacés et invisibles.
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Marc Lefebvre est un économiste et journaliste, expert en macroéconomie et marchés financiers mondiaux.