« L’Accompagnateur » : Susan Sarandon éclaire le rôle d’un parent d’accueil problématique

Un parent adoptif au franc-parler et un enfant doux nouent un lien inattendu dans un drame qui utilise des touches d’humour pour alléger le poids des émotions.

Hollywood apprécie les comédies mettant en scène un enfant courageux et un adulte excentrique. Il adore aussi les drames où un enfant est en danger. Avec Susan Sarandon dans le rôle de Sylvia, une fumeuse à la langue acérée et première fois en tant que parent d’accueil pour la vive Emily (Everly Carganilla), « L’Accompagnatrice » tente d’être à la fois. Le film aspire également à se lancer dans de nombreuses directions, avec un succès inégal. L’un des faux pas de cette dramedie souvent séduisante mais finalement désarticulée — le premier long métrage de Zach Woods, star de « Silicon Valley » — est de supposer que le public soutiendra Sylvia et Emily dans leur désir de rester ensemble, même si la première se révèle être une gardienne peu adéquate. Ensemble, elles forment un duo féroce et un peu fou. On ressent de l’empathie pour elles, on rit avec elles, et on espère un dénouement heureux, jusqu’à ce que les défauts de Sylvia déséquilibrent le film.

Nous commençons par suivre de près Emily, une enfant du New Jersey qui vit avec son grand-père, Martin (Kevyn Morrow). Ce dernier est un tuteur aimant, clairement dévoué à Emily même s’il lutte avec des signes de démence. Le duo a développé des méthodes pour faire face à la perte de mémoire de Martin ; il laisse des notes pour lui-même dans la maison, tandis qu’Emily gère son propre emploi du temps. Ce n’est que lorsque Martin les conduit par erreur sur une voie ferrée active que le film introduit une possibilité inquiétante : Emily n’est peut-être plus en sécurité sous sa garde.

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À partir de là, les choses avancent rapidement. Sarah (Aubrey Plaza), une agente de services de protection de l’enfance épuisée, retire Emily de son foyer et l’amène chez Sylvia, une femme excentrique qui initie Emily aux pierogis, au piano et aux blagues. Après un certain scepticisme et quelques tentatives d’évasion, Emily s’ouvre aux frasques de Sylvia et exprime même l’espoir qu’elle puisse vivre avec elle indéfiniment.

Cette transition se produit vers le milieu du film, que Woods — qui a coécrit le scénario avec Brandon Gardner — marque par un moment de réalisme magique. S’appuyant sur un motif récurrent de sorcières, Woods fait décoller Emily et Sylvia lors d’une tempête, s’élevant au-dessus de la ligne d’horizon de la ville dans une séquence qui oscille entre rêve et fantaisie. L’image est censée être libératrice, voire transcendante, mais elle s’avère trop précieuse, interrompant le rythme ancré de l’histoire.

Pire encore est ce qui suit. Immédiatement après avoir quitté ce détour fantaisiste, Woods prend la décision étrange de quitter la perspective d’Emily pour se concentrer sur celle de Sylvia. En même temps, il introduit une nouvelle menace pour l’arrangement précaire du duo : le chagrin non résolu de Sylvia suite à la perte de sa fille, morte des années auparavant. À ce stade, Emily s’est déjà attachée à sa nouvelle mère d’accueil. Mais lorsque Sylvia commence à répondre à l’affection de la fillette, le traumatisme de la perte de sa fille refait surface et sa garde se renforce.

Woods illustre la douleur de Sylvia à travers des flashbacks de sa fille, Nadia (Olivia Edward dans son adolescence, Emma Farnell-Watson à l’âge adulte), qui était danseuse de ballet. Ces scènes sont acceptables en elles-mêmes. Le véritable problème survient lorsque la douleur de Sylvia se manifeste dans le présent, se traduisant par des mauvais traitements envers Emily. Pratiquement du jour au lendemain, l’attitude chaleureuse de Sylvia envers la fillette se transforme en froideur, impatience et négligence. Déconcertée par ce changement, Emily s’efforce de restaurer leur lien, apprenant de manière peu crédible à jouer du piano pour impressionner sa tutrice. Alors que Sylvia continue de la repousser, l’enfant devient misérable, puis désespérée.

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En se concentrant sur les blessures émotionnelles de Sylvia, « L’Accompagnatrice » non seulement laisse le public bouleversé pour Emily, mais réduit également ses ambitions. Ce qui commence comme une histoire sur les échecs systémiques — les difficultés de la garde d’enfants, les lacunes du système de placement familial — se réduit à un récit sur la réponse au traumatisme d’une femme. Cela laisse également le film avec un fardeau psychologique surprenant, avec suffisamment de retournements émotionnels pour tenir le public en haleine. Woods utilise souvent la comédie pour alléger la charge, et parfois — surtout dans les scènes avec Plaza — réalise l’exploit délicat de trouver de l’humour dans des situations sérieuses, voire graves.

En parallèle de la comédie, les performances des deux actrices principales constituent le point fort du film. Sarandon apporte une imprévisibilité bienvenue à Sylvia, complexifiant un personnage qui aurait autrement pu tomber dans le cliché. Son intelligence vive aide à masquer certaines des transitions plus difficiles du scénario, et même à donner une certaine clarté à la froideur soudaine de Sylvia. Carganilla, quant à elle, est uniformément étonnante, un rayon lumineux d’émotion qui montre l’évolution d’Emily de l’espoir à l’angoisse avec une conviction qui dépasse son âge. Fragmentaire et inégal, « L’Accompagnatrice » ne brisera peut-être pas votre cœur, mais sa jeune étoile talentueuse le fera inévitablement.

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