Le théâtre est au cœur d’un film « Toy Story » aussi captivant que… tous les autres.
Cinq films plus tard, choisir son « Toy Story » préféré revient à comparer des albums des Beatles : on peut en avoir un, mais pourquoi se limiter ? Ces films forment maintenant un ensemble qui dépasse la somme de leurs parties joyeusement drôles et incroyablement inventives. En réalité, les films « Toy Story » sont tous magnifiques, tous brillants, tous différents, et ils s’harmonisent à merveille. Ils offrent une vision — celle de la vie enfantine et de la tendresse nostalgique, des ego en conflit et des plaisanteries maniacales, de l’enchantement pur du cinéma. Sur ce point, si le « Toy Story » original (qui reste mon préféré) est « Meet the Beatles », et « Toy Story 3 » est « Sgt. Pepper », le « Toy Story 5 » incroyablement accrocheur et séduisant évoque « Abbey Road ». C’est un sublime résumé, un film qui reflète l’ensemble de la série dans son miroir magique, et (peut-être) une conclusion parfaite.
Au fil de leur évolution durant ces 30 dernières années, les films « Toy Story » ont développé un thème grandiose et mélancolique : la notion de perte. La tristesse qui en découle, mais aussi son inévitabilité (ce qui fait qu’elle n’est peut-être pas aussi triste qu’on pourrait le penser au premier abord). Les jouets, tels que l’éternellement querelleur Woody et Buzz ou Jessie la cowgirl, qui prend désormais le devant de la scène, ont vu leurs jeunes propriétaires grandir et les laisser derrière eux. Cela donne aux jouets une dimension presque parentale, observant leurs enfants s’aventurer dans le monde. Les films abordent le spectre de l’obsolescence — mais aussi son jumeau heureux, la renaissance.
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Dans « Toy Story 5 », un nouveau thème émerge, à la fois troublant et touchant : la disparition du jeu. Bonnie (doublée par Scarlett Spears), âgée de 8 ans, joue encore avec Jessie aux cheveux rouges (Joan Cusack) et son fidèle destrier, Bullseye (Alan Cumming). Mais elle semble incapable de se faire des amis parmi les autres enfants du quartier. Pourquoi ? Parce que plus personne ne joue avec des jouets. Les enfants sont désormais tous sur leurs écrans — une invasion technologique que le film dépeint comme ayant provoqué un changement de paradigme dans les relations entre enfants.
« L’ère des jouets est révolue ! » déclare un vieux jouet abandonné dans une misère déprimante. En signe de défaite, les parents de Bonnie lui achètent un Lilypad, une tablette parlante pour enfants (doublée par Greta Lee) avec un cadre en forme de grenouille verte. Rapidement, Bonnie devient accro, découvrant qu’en communiquant avec d’autres enfants en ligne, elle peut se faire des « amis » instantanément. En 15 minutes, elle a déjà un rendez-vous pour jouer. Mais comme le film le sait trop bien (et comme trop d’adultes l’ont oublié), les amis que l’on se fait à travers une connexion technologique ne sont pas les mêmes que ceux avec qui on partage un espace — les amis avec qui on joue véritablement.
« Toy Story 5 » aborde ce qu’on appelle le jeu imaginaire, qui n’est pas seulement une activité. C’est une dimension entière, une manière pour les enfants de transformer l’univers qui se trouve dans leur tête et de l’étendre dans le monde réel. Lorsque le jeu imaginaire se produit dans « Toy Story 5 », le film le représente à travers des séquences humoristiques aux couleurs fluorescent étincelantes, où l’action est hilarante et provient directement de l’imagination d’un enfant.
Cependant, le monde n’est plus organisé pour soutenir cela. Après une nuit chez une amie organisée via la tablette pour enfants, les nouvelles « amies » de Bonnie, qui ressemblent à des petites filles cruelles de 8 ans (produit de l’ère informatique), se moquent d’elle pour s’accrocher à ses anciens jouets. Jessie et Bullseye finissent de retour à la ferme où vivait autrefois l’enfant de Jessie, Emily — et où se trouve maintenant une fillette de 9 ans nommée Blaze (Mykal-Michelle Harris). Mais ramener Bonnie dans le monde du jeu imaginaire ne sera pas une tâche facile. Cela nécessitera les manigances de Jessie et Woody (Tom Hanks), qui est maintenant un cowboy « vieux » et dégarni ; tous nos anciens amis jouets familiers ; un trio de dispositifs technologiques primitifs — un entraîneur de pot nommé Smarty Pants (Conan O’Brien), une caméra pour enfants nommée Snappy (Shelby Rabara), et un hippo GPS nommé Atlas (Craig Robinson) — qui se situent entre les mondes analogique et numérique ; et une armée de Buzz Lightyears coincés en mode démo, qui ont été regroupés dans le Multi-Buzz, une force de combat supervisée par leur leader intrépide (Tim Allen).
Andrew Stanton, le célèbre réalisateur de Pixar derrière « Wall-E », prend les rênes d’un film « Toy Story » pour la première fois (bien qu’il ait travaillé sur tous les autres), et il a créé un film avec une densité ambitieuse et délicieuse. Là où un film moins audacieux aurait présenté l’histoire comme une bataille entre les bons vieux jouets et les méchants écrans modernes, « Toy Story 5 » ne diabolise pas la technologie, mais la dépeint plutôt comme un nouveau royaume métaphysique du cosmos enfantin. L’intrigue est complexe, mais tout se résume à Jessie et son équipe essayant d’arranger un rendez-vous pour jouer entre Bonnie et Blaze — car ce sont des filles qui ont encore les pieds sur terre. Joan Cusack, avec ses répliques pleines de « ain’t » et de « don’t » et des phrases comme « Saint beurre ! », rend Jessie d’une manière irrésistiblement attachante. Elle entretient une romance avec Buzz (qui est désespérément en train de lui proposer), ce qui devient touchant et amusant. (Quand il arrive sur un cheval de princesse ailé, nous sommes au paradis de « Toy Story ».) Pendant ce temps, Hanks insuffle à Woody, vulnérable mais têtu, une délicieuse résilience sénior.
« Toy Story 5 » s’intensifie en délices (la cérémonie de mariage culminante est à voir pour y croire), mais il a aussi des moments qui vous frappent comme un coup de poing. Car c’est un film qui aborde une question profonde : comment les enfants vont-ils se connecter les uns aux autres dans une ère qui veut les faire grandir trop vite en les virtualisant ? Le message du film est : ralentissez, soyez réels et jouez. Le plaisir que vous prenez est égal au plaisir que vous créez.
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Marc Lefebvre est un économiste et journaliste, expert en macroéconomie et marchés financiers mondiaux.