Le drame elliptique d’Anke Blondé se déroule pendant la bulle technologique des années 90, mais n’apporte guère de réflexion sur cette époque ou sur le présent.
Dans le dernier long métrage d’Anke Blondé, deux amis — des hommes d’âge moyen en costumes coûteux — avancent ensemble à travers des bureaux et des salles de banquet pendant une grande partie du premier acte. On pourrait s’attendre à ce que leurs pas soient accompagnés d’une ballade énergique ou d’un morceau de hip-hop entraînant, mais « Dust » est un film qui met en lumière la fraude financière, de sorte que la musique est plutôt sombre et lourde. Les deux hommes en question sont sur le point d’être arrêtés dans quelques heures. L’ensemble de la situation possède une absurdité et une abstraction qui nous permettent d’entrevoir les pensées et les ego de ceux qui dirigent le monde moderne, tout en révélant un mépris ironique mêlé à une sympathie surprenante. Toutefois, ces touches stylistiques ne durent pas et le film s’épuise sans vraiment avoir grand-chose à dire.
L’histoire commence par une substance poussiéreuse flottant hors de la mise au point du cadre. Cela pourrait être de la neige, des cendres, ou peut-être même des flocons d’or. C’est une introduction appropriée à un film aux possibilités innombrables, qui passe rapidement à un écran d’ordinateur vide et à une narration sur le fait de remplir sa propre histoire. L’année est 1999. Le séduisant exécutif belge Geert (Arieh Worthalter) captive une foule enthousiaste avec une histoire, tandis que son collègue technologique Luc (Jan Hammenecker) démontre ce qui pourrait être la première technologie de reconnaissance vocale au monde. Cela peut sembler rudimentaire aujourd’hui, mais c’était une avancée majeure à l’époque, similaire à la façon dont les entreprises technologiques d’aujourd’hui poussent diverses formes d’intelligence artificielle.
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Sans perdre de temps, le film commence à laisser entendre que quelque chose ne va pas, en alternant entre Geert et Luc convoqués par des membres du conseil en colère pendant le week-end, et leur rencontre avec le journaliste arrogant Aaron (Anthony Welsh) dans des toilettes publiques, alors qu’ils évitent le sujet de son enquête. Avant qu’ils ne s’en rendent compte, leur sort est scellé : à 9 heures lundi matin, ils seront tenus responsables d’avoir mis en place des sociétés fictives et seront arrêtés pour avoir trompé des milliers d’investisseurs publics. Mais là où une enquête pourrait culminer avec cette révélation, ici c’est le catalyseur des dernières 24 heures étranges et introspectives de liberté des personnages, présentées au début avec des touches intrigantes.
Écrite par Angelo Tijssens, l’histoire est vaguement inspirée de l’entreprise technologique belge Lernout & Hauspie, mais elle a peu de points communs avec les événements réels et semble souvent jouer comme une fable à moitié oubliée. Sa palette sombre, éclairée au gaz, et ses hums musicaux éthérés lui confèrent une qualité fantomatique, comme si les couloirs de Harvard de « The Social Network », le récit d’avertissement technologique de David Fincher, étaient transformés en maison hantée. Cette sensation étrange est renforcée par un montage elliptique qui saute sans effort dans le temps au cours de quelques jours, créant un sentiment de fluidité là où l’on devrait ressentir une discontinuité. C’est captivant et même assez hilarant, alors que Luc, le personnage sérieux et bespectaclé — avec ses cheveux clairsemés pointant vers le haut comme des cornes de diable — vomit et trébuche, faisant même les deux en même temps.
Les deux hommes sont séparés pendant une grande partie du film, mais se tournent autour, forcés de considérer l’idée de fuir ou de dénoncer. Cependant, les heures précédant leur mise en accusation — marquées par des horloges murales en arrière-plan de la plupart des scènes — sont également pleines de moments de remords, alors qu’ils retrouvent des connaissances et des proches qui seront sans aucun doute affectés par ce qui va se passer. Luc consulte sa femme sur la manière d’agir, tandis que Geert espère passer ses dernières heures de liberté avec son chauffeur/amant Kenneth (Thibaud Dooms) ; après tout, c’est un homme de secrets, tandis que Luc est probablement plus enclin à tout révéler.
Cette tension latente quant à ce qu’ils vont choisir de faire, alors qu’ils errent dans le paysage rural, constitue le noyau narratif du film, et semble cruciale lors de ses nombreuses scènes entrecroisées. Cependant, au fur et à mesure que l’histoire progresse, le montage devient plus fonctionnel et mécanique que poétique, alors que Blondé présente ses scènes d’une manière de plus en plus prolongée et directe qui, malheureusement, dévoile l’intrigue. Malgré ses nombreuses scènes d’hommes paniquant ou réfléchissant silencieusement sur leurs regrets, il y a très peu de substance dans « Dust » une fois que l’on retire son style ; ses personnages, bien qu’ils soient des vecteurs d’une histoire de camaraderie brisée, semblent rarement ancrés dans leurs circonstances immédiates.
Le film est incroyablement, voire magnifiquement, stylisé, mais au-delà de sa présentation initiale, il n’y a pas vraiment grand-chose qui guide l’histoire de manière novatrice ou excitante — à part, peut-être, des échos thématiques sur la manière dont les « tech bros » moins raffinés d’aujourd’hui pourraient également être en train de jouer un tour. Les deux acteurs principaux captent l’attention de la caméra — les longues scènes tamisées de la seconde moitié s’éteindraient immédiatement entre les mains d’acteurs moins talentueux — mais il y a seulement un nombre limité de dimensions que chaque homme peut évoquer lorsque l’histoire semble rarement se diriger vers quelque chose de significatif. Cela se termine sans catharsis ni ironie, mais plutôt sur un terrain neutre de sentimentalisme excessif qui, de manière appropriée, pourrait vous amener à réfléchir à ce film et à souhaiter que les choses se soient déroulées différemment.
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Marc Lefebvre est un économiste et journaliste, expert en macroéconomie et marchés financiers mondiaux.