Au cours d’une escapade à Amsterdam, un couple d’Irlandais du Nord découvre qu’ils se connaissent trop bien… et pas assez.
Lesley Manville et Ciarán Hinds sont des acteurs tellement talentueux que beaucoup d’entre nous les suivraient n’importe où. Dans le petit drame “Midwinter Break”, ces deux artistes mettent leur talent au service d’un couple de personnes âgées — Stella et Gerry, un couple marié d’Irlandais du Nord, qui ont atteint le début de leur soixantaine et sont si ancrés dans leurs habitudes confortables qu’ils ressemblent à deux vieux meubles assortis. Ils s’assoient, lisent, prennent un verre, partagent un repas, échangent des banalités réconfortantes… et une autre journée se termine. Une autre, tout aussi monotone, les attend.
L’ensemble du film vise à sortir ces deux personnages de leur zone de confort, à plonger sous la surface ennuyeuse de leur contentement bien installé et à toucher les émotions explosives que le couple — ou, du moins, l’un d’eux — cache depuis longtemps.
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À Noël, ils se trouvent chez eux, Gerry assis dans le salon avec un cocktail en main, lorsque Stella lui demande si elle peut encore le séduire ; nous nous demandons si elle fait référence à quelque chose d’érotique, et quand il refuse, nous nous interrogeons encore plus. (La dimension usée de leur mariage signifie-t-elle que la flamme s’est éteinte dans leur chambre ?) Mais non, elle parle simplement d’aller à l’église. Stella et Gerry vivent dans un état qui semble osciller entre le paradis de la retraite et le coma. Ils ont un fils adulte qu’ils ne voient pas souvent. Ils sont également des exilés : résidents de Glasgow, en Écosse, bien que le film les présente comme des Irlandais de souche. Il y a une raison pour laquelle ils ont quitté leur terre natale.
Au milieu de la nuit, Stella se lève et se dirige vers l’ordinateur, inspirée par une soudaine envie. Peu après avoir échangé des cadeaux de Noël, elle tend à Gerry une enveloppe contenant un cadeau surprise : deux billets d’avion pour Amsterdam, où elle a organisé une escapade de quatre jours. Elle souhaite bouleverser leur routine. Mais dès leur arrivée dans cette élégante ville néerlandaise de ponts et de recoins cachés, il est évident qu’il faudra plus qu’un simple changement de décor pour y parvenir.
Le film commence par un flashback déstabilisant. Nous voyons la jeune Stella (Julie Lamberton), très enceinte, amenée d’urgence à l’hôpital après un accident (elle a du sang sur le bras). Un cataclysme s’est produit, mais nous ne savons pas quoi, et notre première pensée est : a-t-elle perdu le bébé ? Leur fils n’est-il pas leur véritable fils ?
Alors que Stella et Gerry s’installent dans leur séjour à Amsterdam, prenant le petit-déjeuner à l’hôtel, visitant un célèbre musée d’art, agrémentant leur journée d’une bière, d’un verre de vin ou d’un verre de Scotch (Gerry a même apporté une bouteille au cas où il aurait besoin d’un remplissage rapide), nous réalisons la profondeur de leur connexion. (Dans la chambre, il s’avère que la flamme est toujours vivante.) Ces deux-là s’intègrent dans la vie de l’autre aussi parfaitement que des poupées gigognes, au point qu’ils pourraient ne plus avoir de surprises, rien de nouveau à découvrir.
Cependant, il existe encore des surprises. Stella souhaite visiter un centre d’hébergement pour femmes qui est également un élégant couvent : un refuge catholique situé en plein cœur d’Amsterdam. Elle, qui est une catholique fervente, s’intéresse intensément aux femmes qui y résident. Elle dit à Gerry, qui a toujours été un homme laïque, qu’elle veut trouver un moyen d’être plus dévote dans sa propre vie. La raison en est qu’elle désire… plus. Plus que ce qu’ils ont déjà. Cela laisse Gerry perplexe. Que pourrait-elle bien vouloir dire par « plus » ? Il n’en a aucune idée. Il pense que leur vie est parfaite.
Tout cela est bien sûr lié au flashback d’ouverture. Mais ce qui s’est passé là-bas n’est peut-être pas ce que nous soupçonnons. S’agissait-il d’un miracle ? Stella pense que oui. Mais l’essentiel n’est peut-être pas tant de savoir ce qui s’est passé ou non. Il s’agit de la façon dont deux personnes dans un mariage aussi intime peuvent être à la fois si semblables et, en même temps, si différentes. Ce n’est pas parce qu’il y a un profond secret caché, mais parce que les gens sont… différents. On peut voir que Gerry boit trop (il incarne l’archétype de l’alcoolique « fonctionnel » heureux), et Stella a un problème avec cela, mais le véritable souci n’est pas l’alcool. C’est le vide que Gerry tente de dissimuler. Et Stella désire maintenant combler son propre vide par la foi.
La réalisatrice, Polly Findlay, présente tout cela de manière fluide et minutieuse, comme un prestige télévisé de la semaine. Adaptant un roman de 2017 de Bernard MacLaverty (le scénario est coécrit par MacLaverty et Nick Payne), elle crée un espace généreux pour ses acteurs, qui transforment ce qui aurait pu être un film plutôt ennuyeux — et qui l’est encore parfois — en un duo méticuleux.
Manville a souvent joué des personnages de volonté magnétique (pensez à sa sœur snob et dominatrice dans “Phantom Thread”, ou à sa réceptionniste délicieusement exaspérante dans “Another Year”), mais dans “Midwinter Break”, elle nous prend par surprise car sa Stella, au début, semble être le portrait de la dévotion fade. Mais il s’avère qu’elle est dévouée à quelque chose de plus profond, à un mystère qu’elle ne peut plus réprimer. Manville, dans un exploit d’acteur, laisse transparaître cet esprit indomptable, tout en essayant de garder une apparence polie. Elle nous montre la spiritualité d’une femme ordinaire. Et Hinds, avec sa barbe morose, rend Gerry aussi douillet et confiant qu’un vieux chien de berger : un homme véritablement bienveillant, mais qui commence à se noyer dans sa complaisance tranquille. “Midwinter Break” ne fait rien de révolutionnaire (il reste modeste), mais le film illustre avec émotion comment il est possible que deux personnes se connaissent trop bien tout en ne se connaissant pas assez.
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Marc Lefebvre est un économiste et journaliste, expert en macroéconomie et marchés financiers mondiaux.