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En 2015, Erin et Dave Carey mènent une existence stable à Adélaïde, en Australie. Tous deux sont employés par l’administration australienne, bénéficiant de salaires confortables, et sont parents de trois jeunes garçons. Ils font face à un important crédit immobilier et à des dettes sur leur carte de crédit. Aucun d’eux n’a d’expérience en navigation. Toutefois, un peu plus de deux ans plus tard, la famille prend un vol avec un aller simple vers l’île de Grenade, dans les Caraïbes. Là-bas, un voilier de 47 pieds, soit environ 14 mètres, les attend, qu’ils ont acquis sans jamais l’avoir visité.

L’idée a germé lors d’une soirée classique devant Netflix. Comme l’a partagé Erin Carey avec Euronews Travel en 2022, son mari a lancé presque par hasard le documentaire Maidentrip, qui raconte l’histoire de Laura Dekker. Cette adolescente néerlandaise est devenue, en janvier 2012, à l’âge de 16 ans, la plus jeune navigatrice à réaliser un tour du monde en solitaire. Ce film a eu un impact inattendu sur le couple :

« Quelque chose dans ce documentaire nous a incités à réorienter complètement notre existence. »

Dans une interview accordée à la blogueuse Nora Dunn du site The Professional Hobo, Erin se rappelle avoir posé son téléphone pour visionner le documentaire jusqu’à la fin. À l’issue du film, les deux époux se sont regardés, pensant simultanément :

« Waouh, ça a l’air fantastique. Nous devrions faire ça. »

Après quelques recherches en ligne, ils découvrent que de nombreuses familles vivent à l’année sur des voiliers, avec leurs enfants. En l’espace de deux à trois semaines, ils décident de mettre de l'argent de côté pendant deux ans, puis de partir pour deux ans grâce à un congé sans solde. Leur plus jeune fils a alors environ un an.

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Un objectif de 64 000 euros et un budget minutieusement analysé

Le premier défi, et pas des moindres, concerne les finances. Le couple évalue qu’un voilier adéquat pour une famille de cinq personnes coûte environ 100 000 dollars australiens, soit environ 64 000 euros selon les taux de change utilisés par Euronews à l’époque. Ce montant devient leur objectif. Les enfants sont retirés de l'école privée, Erin et Dave postulent à des postes supérieurs, tandis que les sorties au restaurant et les vêtements neufs disparaissent de leur budget. Chaque dépense doit répondre à une question cruciale : est-ce que cela contribue à l’achat du bateau ?

Couple examinant un budget et des économies sur une table
Planification financière et économies nécessaires pour acheter un voilier.

Deux ans plus tard, ils parviennent à épargner 85 000 dollars australiens, ce qui équivaut à environ 55 000 euros. Ils empruntent également une somme supplémentaire pour subvenir à leurs besoins, ce qui leur permet de ne pas travailler pendant leur première année à bord.

Un apprentissage sur un petit voilier de 6 mètres

Il leur reste à apprendre la navigation. Pendant environ 18 mois, la famille s’exerce sur un petit voilier de 21 pieds, soit un peu plus de 6 mètres, dans la baie proche de leur domicile. Le formateur est tout trouvé : le père d’Erin, qui a été moniteur de voile. Le couple participe également chaque mercredi soir à des régates dans un club nautique, et ils vont même jusqu’à payer un propriétaire pour convoyer son bateau pendant une semaine entre la Nouvelle-Galles du Sud et le Queensland. D’après Euronews, ils suivent aussi des formations de survie en mer et de premiers secours, et obtiennent leurs permis de navigation.

Pour dénicher leur voilier, ils font appel à Sailing Totem, une famille de navigateurs qui aide dans ce genre de projet. Présents en ce moment à Grenade, ces coachs se chargent de leur trouver le bateau. Les Carey découvrent leur nouveau chez-soi le jour de leur emménagement. Il leur faudra encore trois mois de travaux avant de pouvoir le mettre à l’eau. Le jour tant attendu, le couple manque tellement de confiance qu’il demande à un ami rencontré sur place de les aider à rejoindre une bouée à environ 500 mètres. Leur première sortie se résume à quelques tours à l’entrée de la baie.

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L’Atlantique, la Méditerranée et une entreprise lancée depuis la cabine

<pAppelée Roam, leur embarcation les emmène pendant près de deux ans à travers les Caraïbes, où les garçons rencontrent des centaines d’autres enfants de navigateurs. Ensuite, ils réalisent la traversée de l’Atlantique, en direction des Açores et du Portugal. La famille rentre ensuite en Australie, où la pandémie de Covid-19 les retient pendant 18 mois, avant de reprendre le large en Méditerranée : Espagne, Tunisie, Malte, Italie, Croatie.

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Entre-temps, Erin a changé de carrière. Après neuf mois à bord, elle sait qu’elle ne retournera pas à son ancien emploi dans l’administration, où elle a passé près de 20 ans. Une rencontre avec l’équipe de Sailing SV Delos, une chaîne YouTube de voile très populaire, l’incite à créer Roam Generation, une agence de relations publiques spécialisée dans le voyage. Elle devient la principale source de revenus du foyer et travaille depuis sa cabine, achetant une carte SIM illimitée dans chaque pays pour ses visioconférences. Pendant ce temps, Dave s’occupe de l’enseignement des trois garçons le matin et entretient le bateau l’après-midi.

Pour mener ce mode de vie, le couple a fait de nombreux sacrifices, comme l’a confié Erin à Nora Dunn : ils ont notamment vendu leur maison. Un choix radical, semblable à celui de nombreuses familles qui choisissent de vendre leur propriété pour vivre en Thaïlande.

L’éducation à bord, un véritable casse-tête

Le quotidien n’est pas aussi idyllique qu’on pourrait le penser. En 2022, Erin avouait à Euronews que l’éducation à domicile restait, après quatre années, le plus grand défi. Les trois garçons, âgés alors de 13, 11 et 8 ans, se disputaient et traînaient des pieds devant leurs leçons, au point que la famille a engagé une personne pour les aider à bord. En Méditerranée, les enfants se plaignaient également de l’absence de camarades, les familles de navigateurs étant beaucoup moins nombreuses qu’aux Caraïbes.

Parent aidant un enfant à étudier à bord d'un voilier
L’éducation des enfants à bord réclame organisation et créativité.

Cependant, la mère de famille voit les choses sous un angle positif. Elle n’a jamais l’impression de manquer de temps avec ses enfants, car ils vivent ensemble presque 24 heures sur 24 depuis des années, et elle estime que leur couple en est sorti renforcé. D’ailleurs, le voilier navigue moins qu’on pourrait l’imaginer : la famille reste souvent plusieurs semaines au même endroit et ne sort en mer que le week-end, comme si elle vivait dans un appartement flottant.

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Son conseil pour les familles intéressées par cette aventure ? Ne pas se laisser décourager par le manque de connaissances en navigation, car cela s’apprend, se faire accompagner par un coach, établir un budget strict pendant deux ans et avancer prudemment. À l’automne 2022, les Carey prévoyaient de passer l’hiver en Australie avant de mettre le cap sur la Turquie, le Maroc et le Cap-Vert. Actuellement, la présentation de son agence indique qu’Erin partage son temps entre la terre et la mer.

Source : Euronews