Critique de ‘The Marching Band’ : Deux frères unis par la musique dans une comédie française captivante

Largement attendu, le film d’Emmanuel Courcol fait enfin son apparition sur le sol américain après avoir connu un succès retentissant dans son pays d’origine en 2024. Bien qu’il tombe parfois dans des schémas narratifs prévisibles, il bénéficie d’une construction soignée et de performances solides de ses acteurs principaux.

“L’Harmonie des Bandes” déploie plus d’intrigue dans ses douze premières minutes que bien des films n’en parviennent à réaliser en deux heures. Au cours de ces premiers 720 secondes, nous faisons la connaissance de Thibaut (Benjamin Lavernhe), un chef d’orchestre de musique classique bien établi à Paris, qui apprend qu’il doit trouver un donneur de moelle osseuse en raison d’une leucémie ; il découvre que sa sœur n’est pas compatible, car il a été adopté ; il trouve ensuite un frère biologique, Jimmy (Pierre Lottin), qui n’a pas été adopté et qui vit toujours dans une communauté ouvrière défavorisée dans le nord de la France ; il demande à son nouveau frère de l’aider, et Jimmy accepte.

Cette concision se manifeste dans un montage presque brutalement économique et dans un écriture aiguisée et précise qui fournit des éléments narratifs tout en esquissant habilement les personnages avant de passer rapidement à autre chose. Tout comme une fanfare maintient le tempo avec ses pas, “L’Harmonie des Bandes” avance, touchant les notes requises et prêtant attention à la mélodie, bien sûr, mais surtout en s’assurant de garder le rythme et de maintenir le spectacle en cours. Cette attention au rythme permet au film d’Emmanuel Courcol de rester fidèle à son essence tout en naviguant sur un terrain quelque peu rocailleux, car il s’agit à la fois d’un buddy movie dépareillé, d’une comédie sociale engageante à l’image de “The Full Monty”, et d’un drame psychologique sophistiqué à la française.

Le fait que le film réussisse globalement à atteindre cet objectif témoigne de sa précision formelle et de la dynamique centrale entre les deux acteurs, Lavernhe et Lottin, qui parviennent à trouver une subtilité là où des traits larges pourraient sembler appropriés. Plus de deux ans après sa première au Festival de Cannes, “L’Harmonie des Bandes” sort en salles aux États-Unis cette semaine grâce à Greenwich Entertainment.

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Une fois que le film a exposé son intrigue de base — l’histoire de la leucémie étant essentiellement un MacGuffin qui disparaît rapidement pendant une période considérable — il peut se consacrer à développer le lien entre les personnages et à établir sa critique sociale (douce). Jimmy, qui travaille comme cuisinier dans une cantine, possède un talent musical, ce qui met en lumière les différentes opportunités dont disposent les deux hommes dans la vie. Une scène où ce jeune homme réservé et taciturne révèle son oreille musicale est emblématique des meilleures qualités de “L’Harmonie des Bandes” durant sa première heure captivante : Thibaut demande à son frère d’identifier les sons d’une voiture klaxonnant ou d’un chien aboyant, et Jimmy nomme timidement les accords corrects. Cette audace pourrait être insupportable, mais la scène est écrite sur un mode mineur et interprétée par les deux acteurs en conséquence, favorisant le contact visuel et les murmures ; la brièveté de la scène évite qu’elle ne devienne trop sentimentale ou vulgaire.

Le choix de Lavernhe et Lottin est particulièrement inspiré, car les deux interprètes apportent une nuance à ces personnages qui reflète la dynamique de l’histoire. Lavernhe, crédité comme “Benjamin Lavernhe de la Comédie-Française,” a une formation en théâtre classique, et joue son rôle avec une élégance mondaine ; Lottin, quant à lui, est un vétéran de la franchise comique populaire “Les Tuche”, qui se concentre sur une famille ouvrière du nord de la France. Ces sensibilités se rejoignent dans le dialogue serré du film, comme lorsque les deux hommes se rencontrent et que Thibaut se présente : “Je m’appelle Thibaut Desormeaux, et il y a deux semaines, j’ai appris que j’ai une leucémie…” Jimmy : “Ah, mince.” Thibaut : “Oui.”

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Lottin fait preuve d’une intelligence particulière pour exprimer la honte de Jimmy face à son manque de moyens et d’accomplissements, mêlée de fierté et d’un ressentiment légèrement éprouvé qui surgit dans des éclats de taquineries passives-agressives ; tandis que Lavernhe dépeint habilement Thibaut, bien intentionné et sympathique, mais, en revanche, insuffisamment conscient de sa chance, du moins au début : ce bobo parisien ne se rend même pas compte de la manière dont il exhibe sa richesse et son éducation.

Parallèlement, “L’Harmonie des Bandes” dépeint une communauté ouvrière confrontée à la pauvreté et au chômage, pour qui le collectif musical — dans lequel Jimmy joue du trombone, accompagné de sa petite amie occasionnelle Sabrina (Sarah Suco) — est devenu une bouée de sauvetage. Thibaut s’y engage, mais réussira-t-il à sauver la fanfare de la ruine ? Ici, le film fait écho à la comédie britannique de 1996 “Brassed Off”, ce qui laisse présager un final enflammé montrant le pouvoir fédérateur de la musique face à l’adversité.

Dévoiler comment cela se produit entrerait dans le domaine des spoilers, mais il est pertinent de dire que cela se produit, car cela montre que le film finit par céder à des schémas narratifs prévisibles. Dans ces moments prédéterminés — une surabondance de montages, un conflit artificiel entre les frères, une plongée occasionnelle dans le sentimental — “L’Harmonie des Bandes” devient un peu satisfait de lui-même. La formule fonctionne (et le film a les chiffres du box-office national pour le prouver), mais cela nuit quelque peu à l’intelligence du projet dans d’autres domaines.

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Dans un ensemble technique bien présenté, les louanges vont à l’éditeur Guerric Catala pour un montage qui tente d’éviter le sentimentalisme, ainsi qu’à Christel Birot pour des costumes qui tracent habilement les différences de caractère et de classe à travers le denim double ou une chemise en feutre fraîchement pressée. Le département musical, ainsi que la direction et l’écriture vivantes de Courcol, méritent également d’être salués pour les scènes de l’ensemble de cuivres jouant et répétant, dans une interaction constamment dynamique avec les dialogues. La bande originale, tout comme le film lui-même, oscille entre des morceaux surprenants (le poignant “I Remember Clifford” de Lee Morgan) et des succès populaires entraînants (Dalida, ou l’ouverture de “Aida”). Le “Boléro” de Ravel, qui répète la même phrase encore et encore mais avec des variations tonales à chaque fois, est également présent.

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