La première réalisation de cette réalisatrice, qui joue également dans son adaptation évocatrice des mémoires d’Alexandra Fuller, se définit néanmoins par l’énergie sauvage que Davidtz parvient à tirer de la jeune interprète Lexi Venter, marquant ainsi un début impressionnant.
Le titre pose un problème, mais ce serait vraiment dommage de laisser cela vous décourager de regarder “Don’t Let’s Go to the Dogs Tonight”, qui est précisément le genre de drame adulte intelligent et humain que le public affirme que plus personne ne crée de nos jours.
À l’instar de “Chocolat” de Claire Denis, dont l’intrigue se déroule en Afrique, le film dépeint l’effondrement du contrôle colonial européen du point de vue des colons blancs en Rhodésie (aujourd’hui Zimbabwe). Pour avoir tenté un projet aussi délicat pour son premier film, Embeth Davidtz mérite un immense respect, elle qui nous a émue en tant qu’Helen Hirsch dans “La Liste de Schindler”, mais qui n’avait pas eu un rôle aussi significatif depuis… jusqu’à maintenant.
Le titre, difficile à prononcer, provient des mémoires d’Alexandra Fuller portant le même nom. Une brève enquête de ma part révèle qu’il était à l’origine une mise en place pour une blague dont la chute, “car mère sera là”, m’échappe totalement. Mais entre les mains de Fuller, cette phrase prend un sens différent : “aller aux chiens” fait référence à la façon dont les colons anglais dans ce pays d’Afrique australe (qui se situe juste au-dessus de l’Afrique du Sud sur la carte) percevaient les élections de 1980, où la majorité noire a repris le contrôle de leur propre destin.
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Le film se déroule dans la période précédant ce bouleversement, et bien qu’il adopte le point de vue de Fuller et de sa famille, qui se sentaient menacés par la violence qui entourait la victoire de Robert Mugabe, le film ne prend pas parti pour ses personnages blancs. Davidtz, qui a grandi en Afrique du Sud voisine (où le film a été tourné), apporte une précieuse perspective personnelle à cette redistribution historique du pouvoir.
Adoptant une approche impressionniste, elle privilégie les textures et les détails qu’un jeune observateur pourrait se rappeler de son enfance — le son des insectes, les chants qu’ils chantaient, la sensation d’être tenue par une nourrice noire — tout en évitant l’imagerie clichée que des films comme “Out of Africa” ont implantée au fil des ans (les plans romantiques d’éléphants et de savanes vierges). L’Afrique est indéniablement belle, mais elle est aussi complexe, et Davidtz embrasse la difficulté de regarder en arrière avec nostalgie à un foyer qui n’était pas nécessairement le sien dès le départ.
Dans l’adaptation du livre de Fuller, Davidtz suit les traces de l’auteure en présentant la transition du point de vue de la jeune Bobo (Bobo étant le surnom d’enfance d’Alexandra), réduisant l’étendue de deux décennies du livre à l’année critique où la famille Fuller quitta la Rhodésie. Dans ce processus, elle se réserve le rôle de la mère de Bobo, Nicola. C’est un rôle flamboyant et légèrement auto-indulgent, cette femme qui dort avec une mitrailleuse et écrase les tiques avec son talon nu. Pourtant, il est difficile de blâmer cette star peu exploitée pour vouloir jouer un personnage aussi extrême — ou pour la laisser se dévoiler de manière aussi dramatique à l’écran.
L’actrice devenue réalisatrice mérite encore plus de crédit pour le tournant presque sauvage qu’elle tire de Lexi Venter, la jeune fille locale sans expérience qu’elle a choisie pour incarner Bobo. Avec ses cheveux blonds en désordre et ses yeux bruns flamboyants, Venter (qui n’avait que 7 ans à l’époque) apporte une intensité animale au rôle, équilibrée par une sorte de voix off ironique dans laquelle Bobo répète naïvement des choses qu’elle a entendues de la part des adultes qui l’entourent (comme lorsqu’elle parle des “terroristes” qui pourraient attaquer leur maison à tout moment) ou interprète mal le comportement des grands (décrivant des bruits forts dans la chambre de ses parents comme “déplacer des meubles sans vêtements”).
C’est une stratégie astucieuse, qui a permis à Davidtz de façonner la performance de Venter au montage, utilisant la narration de l’enfant pour expliquer ce qui se passe derrière le regard féroce de la fille. La famille Fuller représente un phénomène commun dans tout l’empire britannique, où des blancs de classe moyenne ont quitté leur pays d’origine pour profiter de meilleures opportunités — et d’un statut social plus élevé — dans les colonies. En Rhodésie, Bobo est servie par des domestiques noirs, dont sa bien-aimée Sarah (Zikhona Bali), qui gâte déjà l’enfant gâtée, la réprimandant lorsqu’elle la voit donner des ordres aux enfants noirs : “Tu es trop jeune pour commander.”
Bobo, sa mère et sa sœur légèrement plus âgée Vanessa (Anina Reed) vivent sur un vaste ranch à la campagne, nécessitant un convoi armé pour les protéger lorsqu’elles se rendent en ville. Davidtz accentue le contraste saisissant entre le mode de vie de Bobo et celui de ses grands-parents racistes, qui déclarent des choses comme : “Nous avons l’éducation, ce qui est mieux que l’argent” à portée d’oreille de “l’aide”. Avec sa curiosité ardente, Bobo absorbe tout ce qui l’entoure et répète sans filtre ce qu’elle voit, offensant ses parents lorsqu’elle évoque comment un ami de la famille a agressé sexuellement Vanessa devant elle.
Les tensions montent entre Noirs et Blancs pendant les élections, et Nicola — qui commence forte, à la manière de Sally Field dans “Places of the Heart”, s’occupant de l’exploitation en l’absence de son mari — perd la raison à mesure que le monde qu’elle a construit s’effondre autour d’elle. Davidtz fait allusion à une tragédie familiale, mais réserve la révélation pour plus tard dans un film qui peut parfois sembler flou, privilégiant les souvenirs sensoriels à une stricte chronologie (filmant depuis la banquette arrière et sous les tables, pour renforcer le point de vue de Bobo). La chronologie est assemblée de manière à ce que les points de repère émotionnels puissent parfois paraître manipulateurs, compte tenu de la façon dont la narration de Bobo sonne impitoyablement désenchantée. Mais ce n’est rien que le public intelligent ne puisse déchiffrer.
Si vous êtes de ceux qui apprécient d’être plongés dans un moment sous-représenté de l’histoire mondiale, ne laissez pas le titre vous arrêter.
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Marc Lefebvre est un économiste et journaliste, expert en macroéconomie et marchés financiers mondiaux.