Critique de « Ride or Die » : Thriller queer vibrant, hommage à « Thelma & Louise » puis virage chaotique.

Les Performances Captivantes de « Ride or Die »

Bien que le film « Ride or Die » de Josalynn Smith présente des lacunes en termes de crédibilité, il met en scène deux actrices qui méritent qu’on s’y attarde.

Dans « Ride or Die », l’aventure prend rapidement un tour inattendu pour les deux protagonistes. Paula et Sloane ne sont guère sorties de Saint-Louis qu’elles doivent déjà faire appel à une dépanneuse. Le conducteur du camion, à l’accent prononcé, apparaît peu recommandable et ses manières trop insistants ne font qu’aggraver leur malaise, d’autant plus que Paula avait remarqué quelque chose de suspect accroché à un arbre peu avant leur rencontre.

Il est peut-être injuste de comparer les films mettant en scène deux femmes confrontées à des épreuves sur la route à « Thelma & Louise » de 1991, un classique qui les a propulsées au rang d’icônes. Cependant, ce film a pratiquement garanti des comparaisons avec ses successeurs, comme « The Royal Hotel » de Kitty Green qui narre l’histoire de deux amies backpackers en Australie confrontées à un environnement hostile.

Avec « Ride or Die », premier long-métrage de Josalynn Smith présenté à Tribeca et produit par la société de Jamie Foxx, Foxxhole, ce drame décrit comme un « anti-romantic/thriller » ou le « Thelma & Louise » queer, révèle un jeune réalisateur passionné par les idées, à l’aise avec la subtilité et le jeu des acteurs. Briana Middleton dans le rôle de Paula, une âme prudente aux cheveux frisés courts, et Stella Everett en Sloane, une jeune femme marquée par des traumatismes, livrent des performances dynamiques, soutenues par la cinématographie immersive d’Arlene Muller et le montage d’Olivia Eliseo.

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Les deux protagonistes se retrouvent dans une boutique de vêtements vintage à Saint-Louis, leur ville natale. Elles se connaissaient déjà du lycée. Sloane, la caissière au piercing septum, est restée en ville tandis que Paula était partie étudier sur la côte Est et vit maintenant avec sa mère et son beau-père. Aspirant à devenir réalisatrice, elle rêve de déménager à Los Angeles. Leur relation est douce et légèrement flirtante, et s’intensifie lorsqu’elles se lancent dans un voyage impulsif sur la route.

Smith, originaire de Saint-Louis et diplômée de la Columbia, avoue que ce contexte personnel enrichit « Ride or Die », co-écrit avec Alicia Louzoun-Heisler. La réalisatrice explore avec finesse la complexité des premiers émois amoureux, reconnaissant que l’amour naissant peut conduire à des décisions irréfléchies. Le spectateur peut se demander si Paula pourrait vraiment s’engager autant pour Sloane, et la réponse de la réalisatrice est affirmative.

Ces opposés s’attirent, mais leur relation est complexe. Paula est une jeune Noire de classe moyenne qui, bien que aimée de sa mère, se sent incomprise, notamment en ce qui concerne sa sexualité. La religion a une grande place dans sa famille, mais pèse sur ses aspirations et sa joie. Sloane, quant à elle, vient d’un environnement familial instable. Bien que sa mère ne soit jamais présente à l’écran, un appel malvenu la montre en pleine dispute alors qu’elle est chez Paula, provoquant l’inquiétude polie de la mère de Paula.

Leur périple est ponctué de moments subtilement observés où la blancheur de Sloane, aussi compromise soit-elle, prend le dessus sur les compétences réelles de Paula. Un échange tendu avec une femme blanche désargentée devant une épicerie vient temporairement gâcher leur complicité. Peu après, une scène les montre s’enlaçant dans un cinéma d’art et d’essai lors d’une double projection de « Daughters of the Dust » et « Killer of Sheep », ce qui est ironiquement drôle et peut-être un peu triste.

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Heureusement, le film célèbre aussi la joie et l’exubérance, et l’évolution d’une relation qui, bien que pouvant paraître folle avec le recul, ressemble à l’amour. Guinevere Turner, figure emblématique du cinéma queer depuis ses débuts dans « Go Fish », joue le rôle de barmaid dans un bar lesbien de l’ouest montagneux où Paula vit un charmant flirt. Une beauté s’approche du bar, tout sourire, et partage une salutation secrète typique des églises noires : « Dieu est bon ». Paula réagit sans hésiter, ajoutant un peu de magie noire dans un film qui explore d’autres réalités.

La révélation que Sloane a un père en Arizona sert d’intrigue secondaire avant de devenir leur destination finale. Le film revient là où il avait commencé de manière provocante, avec les deux jeunes femmes dans le désert et Paula qui se demande en voix off : « Comment demander pardon ? »

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