Le récit de Zaur Gasimli, mettant en avant un philanthrope vénéré, est captivant à bien des égards, malgré ses moments dramatiques.
Le film de Zaur Gasimli, intitulé « Taghiyev : Pétrole », constitue le premier opus d’une éventuelle tétralogie. Il n’est donc pas surprenant qu’il s’apparente à un premier acte prolongé. Ce long-métrage, sélectionné par l’Azerbaïdjan pour les Oscars 2026, relate la vie de Zeynalabdin Taghiyev, philanthrope, magnat du pétrole et « père de la nation ». L’œuvre se distingue par sa conception d’un biopic d’époque, évoquant l’envergure des grandes productions hollywoodiennes du milieu du siècle. Cependant, son admiration pour son protagoniste éclipse souvent les éléments de drame humain, produisant ainsi une œuvre qui évite une analyse critique, ne parvenant que rarement à présenter Taghiyev sous un jour moins glorieux.
Le film est encadré par deux moments distincts de transformation sociale et économique. Il débute en 1922, après la création de l’URSS, et présente Taghiyev (interprété par Qurban Ismayilov) comme un « ancien millionnaire » — un reclus oublié devenu aigri — à travers les yeux d’un journaliste américain fictif, Jerry Thompson (Vadim Stepanov). Thompson ne fait que passer et recueille des anecdotes, mais il a entendu parler de la légende de Taghiyev, que le vieil homme commence à raconter en détail, en commençant dans les années 1870, avant le boom économique du pays.
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Taghiyev est interprété, plus jeune, par Parviz Mamedrzaev, qui donne au personnage une bienveillance prophétique et une ferveur occasionnelle. Les villageois affamés se rassemblent de manière ordonnée à sa simple suggestion, alors qu’il offre à une jeune fille des rations supplémentaires de céréales. Il est admiré par ses pairs et pratiquement adoré par les ouvriers qu’il recrute pour son entreprise pétrolière en plein essor, bien qu’il soit également méprisé par un clerc religieux local qui semble déformer la parole du Coran pour des raisons obscures. Taghiyev incarne un homme saint dans le corps d’un capitaliste moderne, à tel point que la plupart des drames du film tournent autour de ses travailleurs exploités, discutant pour savoir s’ils devraient exiger un salaire équitable ou simplement lui faire confiance pour qu’il finisse par découvrir l’or noir.
Cependant, le film aborde ces dilemmes de manière presque indécise, refusant de prendre une position sur Taghiyev trop tôt (ou même jamais) en dehors de son aura spirituelle. En présentant ce personnage de chair et de sang à travers un prisme mythologique, l’histoire se transforme en une question de foi — celle de ses enfants et de ses employés en lui, et la sienne en lui-même — alors que la question de sa responsabilité envers chaque individu est traitée avec une légèreté déconcertante. Le fait que cette histoire soit narrée par un Taghiyev plus âgé peut donner crédit à une auto-mythologisation, mais la structure journalistique du film est rarement littérale (le film présente souvent des scènes de flashback dont Taghiyev ne fait pas partie et qu’il n’aurait pas pu voir). De plus, même si « Taghiyev : Pétrole » racontait l’histoire d’un homme créant sa propre légende, la seule conclusion que l’on pourrait en tirer serait qu’il n’était pas un narrateur particulièrement remarquable.
Ces mécanismes internes peuvent être peut-être trop limités pour examiner un film comme celui-ci. En réalité, l’histoire de Gasimli est davantage axée sur l’identification nationale ; sa version de Taghiyev est bien plus symbolique que humaine, poussant pratiquement son public azerbaïdjanais à placer sa foi dans l’idée d’unité nationale à tout prix. Le véritable Taghiyev reste vénéré pour des raisons que l’on pourrait juger justes, mais cette version fictive de lui — que nous découvrons principalement avant qu’il ne fasse fortune — est trop abstraite pour mériter le même traitement, malgré la performance minutieuse et clinique de Mamedrzaev qui tente de trouver l’humanité là où le film, dans son ensemble, n’en fait pas.
Les détails d’époque — ainsi que les vues d’ensemble occasionnelles sur une infrastructure sur le point d’éclore — sont un régal pour les yeux, tout comme les scènes de processus liées à l’extraction pétrolière, qui rappellent la boue et la violence de « There Will Be Blood ». La caméra de Gasimli est soigneusement maîtrisée, et il sait saisir les moments propices pour se précipiter vers l’inattendu. Toutefois, la beauté de son cadre est contrebalancée par la monotonie de l’histoire racontée : celle d’un personnage gravé dans la pierre, immobile, sculpté comme une tablette pour les pensées, opinions et croyances d’autrui, plutôt que comme une personne ayant ses propres réflexions.
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Marc Lefebvre est un économiste et journaliste, expert en macroéconomie et marchés financiers mondiaux.