La chimie crédible des acteurs principaux, associée à la sensibilité vibrante du réalisateur Cyril Aris, élève l’entrée du Liban pour les Oscars, en retraçant une relation douloureuse marquée par le tumulte économique et politique.
Nés le même jour dans le même hôpital de Beyrouth à une minute d’intervalle, alors que la guerre faisait rage à l’extérieur, les amants de « Un Monde Triste et Beau » semblaient destinés à se rencontrer, et l’univers conspire à plusieurs reprises pour réaliser cette destinée. Pour que sa romance évocatrice et mélancolique atteigne son but, le principal souhait du scénariste-réalisateur Cyril Aris vis-à-vis du spectateur est d’accepter la nature fortuite de la connexion entre les deux protagonistes — une demande qui est ensuite soutenue par un concept élargissant la veine réaliste magique du film. Bien que quelque peu artificiel par design, le postulat finit par gagner suffisamment de sympathie pour inciter à jouer le jeu.
Nino (Hasan Akil), un éternel optimiste dont la vision de la vie est façonnée par la tragédie de la perte de ses parents, est follement amoureux de Yasmina (Mounia Akl), une réaliste inquiète, encline à envisager le pire, dont la vision du monde est teintée par la séparation de ses parents durant son enfance. Récit à l’énergie visuelle dynamique — visible dans le montage en collage de certains segments, la caméra dynamique, et les sauts temporels qui aident la narration à traverser trois décennies — leur histoire d’amour opposée se distingue par sa forme.
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Des flashbacks de leur enfance révèlent qu’ils étaient camarades de classe, et leur affection mutuelle a apporté du réconfort face à leurs traumatismes respectifs. Quand Nino partage sa croyance que ses parents décédés se trouvent maintenant sur une île paradisiaque, l’image d’une plage au-delà des eaux scintillantes de l’océan devient un motif spirituel pour eux deux. Cette vision quelque peu fantastique ne représente finalement pas le paradis dans l’au-delà, mais un refuge sur terre. Pour renforcer cette atmosphère intense, la musique électronique envoûtante du compositeur Anthony Sahyoun, à la fois lumineuse et pleine d’espoir tout en étant introspective, résonne avec fluidité.
Dans le premier acte, qui se déroule il y a environ dix ans, lorsqu’ils se rencontrent pour la première fois en tant qu’adultes, « Un Monde Triste et Beau » prend les traits d’une comédie romantique à l’amplitude exagérée, avec des personnages secondaires hauts en couleur et des situations dignes d’un rendez-vous à Hollywood teinté de rose. En harmonie avec l’intervention divine jouant les entremetteurs, ils se retrouvent après que le Nino imprévisible, mais attachant, ait percuté sa voiture dans un commerce appartenant à la mère de Yasmina. L’étincelle se ravive immédiatement. Yasmina modifie volontiers ses projets de carrière, et son désir de quitter le Liban, un pays en crise permanente, pour passer plus de temps avec son ancien petit ami devenu un agent de chaos barbu.
Ce n’est que lorsque le lien idyllique prend des teintes plus sombres — Yasmina ne souhaite pas avoir d’enfants et doute de leurs perspectives en tant que couple marié — qu’on réalise qu’Aris utilise la romance pour mimer certaines périodes de l’histoire récente du Liban. Ce chapitre de nuits insouciantes évoque une époque révolue, plus prospère, dans ce pays tourmenté.
Les passages où un faible taux de trame rend l’image saccadée illustrent l’agitation émotionnelle qui submerge les deux protagonistes maintenant que le destin les a réunis. Ils rappellent les derniers instants du film « Amélie » de Jean-Pierre Jeunet, qui a probablement inspiré plusieurs aspects du projet d’Aris, y compris le nom du personnage principal masculin et le déroulement parallèle des vies des protagonistes. Pour capter leur proximité et la chimie palpable entre Akil et Akl (l’essence même du film), le directeur de la photographie Joe Saade place sa caméra dans leur espace personnel pour exprimer l’intimité physique, trouvant souvent des angles astucieux pour réduire la distance entre eux sans contact, comme un gros plan extrême des yeux jeunes de Nino et Yasmina se regardant à travers le trou de la serrure d’une porte.
Le ton joyeux de ces moments — et des performances des acteurs principaux qui sautent sur des voitures ou courent joyeusement dans une extase passionnée — cède la place à des sentiments plus sombres une fois qu’ils sont mariés et ont une fille, permettant aux acteurs de montrer leur palette d’émotions. Le charismatique Akil interprète Nino avec une positivité presque inébranlable, ce qui permet de comprendre la frustration de Yasmina face à son refus de confronter les vérités sombres. Pourtant, c’est précisément cette attitude insouciante qui attire Yasmina. La personnalité sévère qu’Akl projette en tant que Yasmina est ponctuée d’éclats de légèreté, ce qui rend la compatibilité de son personnage avec Nino crédible plutôt que forcée. La structure garantit que le film conserve toujours l’équilibre entre leurs blessures ancrées respectives.
Face à l’effondrement de l’économie libanaise et à la migration imminente de leurs proches, le Nino et la Yasmina plus mûrs font face à la détérioration de leur union, se trouvant à un carrefour entre leur attachement à ce qu’ils ont construit dans leur patrie et la possibilité d’un avenir ailleurs. Loin d’être révolutionnaire, « Un Monde Triste et Beau » réussit à adapter les tropes typiques des romances hétérosexuelles à un contexte géopolitique spécifique. Peu importe combien Nino essaie de dissocier leur dévotion l’un pour l’autre des problèmes qui affligent le Liban, le tumulte s’infiltre dans leur foyer, prouvant que même les choix les plus personnels sont inévitablement liés à des forces plus larges. Leur choix est de décider s’ils laissent ces circonstances étouffantes les diviser ou s’ils s’en éloignent douloureusement dans l’espoir de rester ensemble.
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Marc Lefebvre est un économiste et journaliste, expert en macroéconomie et marchés financiers mondiaux.