Pour son deuxième long-métrage en France, le réalisateur iranien réfléchit à la fiction et à la réalité, mais ne parvient jamais à nous plonger dans son drame de tromperie et de mensonge.
Sylvie (Isabelle Huppert), le personnage central des “Récits parallèles” d’Asghar Farhadi, est une romancière française dont les jours de gloire semblent révolus. Elle réside dans un vieil appartement parisien majestueux qui commence à montrer des signes de fatigue, et son attitude évoque celle d’une personne d’un autre temps. Lorsque elle se met à écrire, elle allume une cigarette, enfile ses lunettes vieillottes et s’installe devant sa vieille machine à écrire électrique Olivetti, qui semble être la même depuis des décennies.
Au début de son processus d’écriture, elle frappe les touches de la machine une lettre après l’autre. Cependant, il est douteux qu’une écrivaine aguerrie s’exprime ainsi — les touches devraient voler. C’est un détail mineur mais révélateur, car Farhadi est généralement soucieux d’authenticité. Pourtant, dans “Récits parallèles”, Isabelle Huppert, adoptant un air exagérément grincheux, semble moins incarner une romancière du monde réel qu’une version stylisée d’un Auteur Français Vénérable. Le personnage semble moins inspiré par l’expérience que tiré d’un réservoir de clichés. Et c’est également vrai pour le reste du film.
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“Récits parallèles” est un film très différent des œuvres habituelles de Farhadi. Ce n’est pas le premier projet que le célèbre réalisateur iranien a tourné en France — cela remonte à “Le Passé” (2013), qu’il a réalisé après son succès international avec “Une séparation”. Bien qu’il ait commencé le processus douloureux de se distancer de l’Iran (en 2024, Farhadi a juré de ne plus tourner de film là-bas tant que l’interdiction de représenter des femmes sans voile n’était pas levée), “Le Passé” était pleinement un film de Farhadi, avec son intensité psychodramatique domestique et son ingéniosité fluide.
En revanche, le nouveau film propose une méditation gonflée sur la fiction et la réalité. Il traite des gens qui s’espionnent les uns les autres, un point de départ intéressant pour un film. Personne n’affirme que Farhadi doit s’en tenir à son mode habituel de drame néo-réaliste. Cependant, il est de mon devoir de rapporter que “Récits parallèles” est une œuvre errante et plutôt amorphe. C’est une parabole lointaine sur le voyeurisme et l’imagination, vaguement inspirée du sixième épisode du “Dekalog” de Krzysztof Kieślowski, qui parlait d’un jeune homme espionnant une femme de l’autre côté de la rue et tombant amoureux d’elle. Mais “Dekalog : Six” avait du suspense ; “Récits parallèles” est ponctué de longueurs.
Lorsque Sylvie commence à observer à travers son petit télescope l’appartement du cinquième étage juste en face, ce qui se passe derrière ces fenêtres n’est pas ce à quoi nous nous attendions. L’endroit est un studio d’enregistrement de bruitages, où trois concepteurs sonores créent et doublent des effets sonores — des pas sur une plage de sable, des ailes d’oiseaux battant — sur des séquences de film. Mais les trois sont également impliqués dans un triangle amoureux : Anna aux cheveux bruns bouclés (Virginie Efira), qui est en couple avec le vieux responsable de production (Vincent Cassel), entretient une liaison secrète avec son jeune collègue (Pierre Niney). Nous assistons à cela et nous pensons : D’accord, et alors ? Mais il s’avère que le triangle que nous observons est déjà la version fictive que Sylvie a imaginée à partir de ce qu’elle a vu à travers le télescope.
Comme Sylvie ne prend pas vraiment soin d’elle-même, sa nièce, Céline (India Hair), qui possède la moitié de l’appartement, lui présente un jeune vagabond, Adam (Adam Bessa), qui a sauvé Céline d’un pickpocket dans le métro. Le mélancolique et négligé Adam nettoie l’appartement (bien qu’il s’occupe aussi d’une famille de souris), et il prend ensuite le manuscrit abandonné de Sylvie — le scénario fictif que nous avons suivi — et le présente comme le sien. Il le donne à une femme nommée Nita (également interprétée par Virginie Efira, maintenant blonde), qu’il rencontre dans un café. Il souhaite qu’elle lise le manuscrit, tout en nous montrant la version réelle de ce qui se passe dans cet appartement. (C’est moins osé, bien que cela implique tout de même une dérive vers l’adultère.) Sommes-nous déjà en train de ressentir des spasmes cérébraux ?
La dimension la plus déroutante de “Récits parallèles” est le peu de vie qui anime les personnages en dehors de ces jeux de fiction contre réalité. Ce n’est pas que les acteurs soient mauvais. Vincent Cassel donne à Pierre une nuance de regret, et Virginie Efira, dans son double rôle, fait ressentir l’intensité de la douleur de Nita par rapport à l’attitude plus libertine d’Anna. Pourtant, tout cela ne mène à rien de concret. Lorsque Nita repousse les avances du léger séducteur Christophe, c’est la seule émotion concentrée du film — une femme rejetant le harcèlement au travail. Il n’y a pas de souci à cela, mais cela semble appartenir à un autre film.
D’une manière abstraite, Farhadi se tourne vers des films comme “Fenêtre sur cour”, “Blow-Up” et “La Conversation”, ainsi que “Body Double” de De Palma. Mais ces films, chacun à leur manière, traitaient de tromperie et de paranoïa, entraînant le spectateur dans un jeu psychologique de perception. (“Blow-Up”, il y a 60 ans, était l’un des films qui ont rendu le cinéma d’art plaisant, tandis que “Body Double”, aussi absurde soit-il, est un plaisir coupable vintage de De Palma.) Dans “Récits parallèles”, Farhadi ne joue pas avec le public mais le bloque avec l’obscurité de son récit. Le film parvient à être rigoureusement confus sans être vraiment compliqué. Peut-être est-ce parce que les récits qu’il raconte sont parallèles d’une manière si engluée. On a l’impression qu’ils rivalisent pour ne pas vous impressionner.
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Marc Lefebvre est un économiste et journaliste, expert en macroéconomie et marchés financiers mondiaux.