Alors qu’un père est séparé de sa femme et de son enfant pendant deux mois, des photographies, des vidéos et des messages vocaux deviennent le tissu de leur relation dans le délicat premier film de Miiku Sakanishi.
Nous avions tous l’habitude d’envoyer des cartes postales pour montrer à nos proches où nous nous trouvions lorsque nous étions en déplacement ; certains d’entre nous le font encore, bien que ce soit une pratique teintée de nostalgie. Après tout, il est plus immédiat d’envoyer une photo, même si cela semble à la fois plus et moins personnel : ce que l’on perd en effort tactile et manuscrit, on le gagne en perspective réelle, en ayant le confort de voir ce que l’autre voit. En suivant un père dévoué, séparé à contrecœur de sa famille pendant deux mois, le premier long métrage profondément touchant de Miiku Sakanishi, intitulé « Memorizu », s’émerveille des formes de connexion numérique qui sont désormais tissées dans nos relations les plus proches, trouvant l’intimité poétique dans des communications très ordinaires.
Se distinguant dans la compétition internationale de Tribeca, ce film élégamment réservé a remporté le prix du meilleur nouveau réalisateur du festival, et devrait également impressionner les programmateurs et distributeurs de cinéma mondial alors qu’il continue son parcours dans les festivals. La touche délicate de Sakanishi rappelle des compatriotes contemporains comme Koji Fukada (« Nagi Notes ») et Sho Miyake (« Deux Saisons, Deux Étrangers ») par son humanisme calme et plein d’espoir ainsi que par sa retenue stylistique. Bien que « Memorizu » soit narrativement sparse, il capte l’attention grâce à la clarté bien observée de sa représentation domestique et — ce qui est approprié pour une histoire où beaucoup dépend de la photographie — à la beauté aiguisée et subtile de son image.
Publié sur Revue Internationale
L’histoire commence par un adieu — un adieu prolongé, alors que Yuta (Tasuku Emoto) attend avec sa femme Yuki (Moeka Hoshi) et leur fille Hana, âgée de maternelle, dans une salle d’embarquement de ferry, essayant d’expliquer à la petite fille, qui ne peut s’empêcher d’être triste et incrédule, qu’il va être absent pendant 60 jours. Sakanishi capture une dynamique familiale chaleureuse et affectueuse avec des traits brefs et conversationnels, alternant entre une caméra calmement posée et la spontanéité libre des prises de vue par smartphone : de petits moments de jeu et de bavardage entre parent et enfant sont capturés pour référence future. Mais la raison du départ de Yuta est également liée à la famille : sur l’île isolée de Kyushu, le père âgé de Yuki, Makoto (Issey Ogata), s’est cassé la jambe, et comme Yuki ne peut quitter son emploi de guide touristique à Tokyo, Yuta doit aller s’occuper du vieil homme et l’aider à gérer son studio de photographie.
C’est une arrangement légèrement maladroit : les deux hommes entretiennent une relation civile mais pas très proche, échangeant peu plus que des banalités alors qu’ils tombent dans une routine domestique tranquille mais guindée. Entre la rareté des mots échangés entre eux et la tranquillité automnale de la campagne de Kyushu, Yuta en vient à apprécier le silence : ses promenades quotidiennes avec le chien de Makoto deviennent des heures précieuses, riches en paysages réguliers (une colline, un cheval, un feu) à apprécier seul et à partager avec ceux qui sont restés à la maison. L’objectif détendu de Yoichi Kamakari absorbe le paysage frais et sec sans en faire un spectacle manifeste, trouvant autant d’intérêt dans une serviette ocre suspendue à sécher à l’extérieur que dans les montagnes bleu fumé au loin.
Les messages vocaux et les vidéos contribuent également à réduire la distance entre Yuta et Hana en particulier : une utilisation très différente de la caméra par rapport aux portraits formels qui continuent d’être le pain quotidien de Makoto, même si ceux-ci peuvent également devenir de précieux substituts de présence humaine pour certains de ses clients âgés. Pendant ce temps, à Tokyo, une grande partie du travail de Yuki consiste à prendre des photos posées de ses clients, principalement chinois, ce qu’elle fait avec une bonne humeur et une grâce inébranlables : d’une manière différente de son père, elle aussi est dans le métier de créer et de préserver des souvenirs.
Sakanishi montre peu d’intérêt à sentimentaliser la technologie ancienne, tout comme il n’a pas de préjugés contre la nouvelle, préférant voir les deux comme des éléments continus qui aident à l’expérience et à la connexion humaine. Tous les acteurs sont sur la même longueur d’onde que le réalisateur, mais Ogata — le vétéran grave mais plein d’esprit des films d’Edward Yang « Yi Yi » et de Martin Scorsese « Silence » — est particulièrement émouvant en tant qu’homme conscient que sa profession, et en effet sa vie, deviendront bientôt des choses du passé. La culture cinématographique moderne est une cible facile pour la satire, comme de nombreux films (des tracts lourds comme « Hommes, Femmes et Enfants » à des exercices de vie d’écran plus orientés vers la tension) ont identifié les manières dont nos appareils nous éloignent les uns des autres ; ce qui est plus inhabituel, c’est un film qui célèbre le humble téléphone portable comme un instrument de proximité.
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Marc Lefebvre est un économiste et journaliste, expert en macroéconomie et marchés financiers mondiaux.