Critique de ‘Lucy Lost’ : Une Animation Familiale Charmante et Riche en Complexité Narrative

Adapté du roman pour enfants de Michael Morpurgo, ‘Écoute la Lune’, le premier long-métrage du Français Olivier Clert s’inspire stylistiquement de Studio Ghibli, mais son récit se révèle plus surprenant.

Des adaptations à succès sur scène et à l’écran de « War Horse » aux films moins connus tels que « Quand les baleines sont venues » en passant par le récent « Kensuke’s Kingdom », les livres de l’auteur anglais Michael Morpurgo ont toujours été à l’origine de films familiaux solides et littéraires, d’un style agréablement rétro. Cette tradition se poursuit avec « Lucy Lost ». Ce film d’aventure, à la fois magnifique et émotionnellement captivant, est habilement adapté du livre de Morpurgo de 2014, « Écoute la Lune ». Il marque un début prometteur pour le réalisateur français Olivier Clert, qui apporte une sensibilité cosmopolite à une histoire se déroulant principalement sur les paisibles et isolées îles de Scilly, au large de la côte cornouaillaise.

Après une première bien accueillie lors d’une projection spéciale à Cannes, suivie d’une participation à la compétition principale d’Annecy, ce film en langue française a le potentiel de toucher un jeune public à l’échelle mondiale, à condition de bénéficier d’une bonne distribution et d’un doublage multilingue. Les investisseurs anglophones pourraient être tentés par un casting vocal de stars, mais il serait judicieux de respecter les riches spécificités régionales du cadre du film — comme Clert l’a fait avec les paysages magnifiquement rendus, souvent éclairés comme un tableau romantique anglais. Le réalisateur a précédemment été consultant créatif sur « Klaus » de Netflix et artiste de storyboard sur « Little Amélie or the Character of Rain ». « Lucy Lost » présente quelques similarités tonales avec ce dernier, bien qu’il soit plus largement accessible, avec un style visuel clairement influencé par le vintage Studio Ghibli, notamment dans la conception des personnages.

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On trouve également des échos de « Quand Marnie était là » de Ghibli dans l’intrigue du film, une construction de plus en plus sophistiquée qui commence comme un simple portrait bucolique de l’isolement de l’enfance, avant que sa chronologie ne se scinde, se retourne et se réajuste de manière assez surprenante. Les libertés structurelles prises avec le texte de Morpurgo par Clert et la co-scénariste Helen Blakeman offrent un bon résultat cinématographique, même si les enfants beaucoup plus jeunes que le public cible du livre, qui est préadolescent, pourraient se sentir un peu perdus.

L’année est 1915, et bien que la Première Guerre mondiale fasse rage en Europe, les paisibles îles de Scilly — au large de la côte cornouillaise de l’Angleterre — semblent éloignées du conflit. Pourtant, ses répercussions se font sentir chez les habitants, notamment en ce qui concerne l’histoire mystérieuse de Lucy (doublée par Charlie Rosenzweig), une fillette de 11 ans frêle dont les cheveux ont été blanchis par le traumatisme, et qui est régulièrement visitée par des hallucinations. Toutes ne sont pas inquiétantes : l’une d’elles est une amie imaginaire joyeuse de son âge nommée Milly (également Rosenzweig), qui prétend venir de son foyer en Amérique à travers le temps et l’espace.

Milly est aussi la seule amie de Lucy, à part son frère aîné protecteur, Alfie (Zach Valentin-Dattas). Leurs parents, Mary (Jessica Monceau) et Jim (Quentin Faure), insistent pour la garder à la maison et loin des autres enfants, affirmant qu’elle a besoin de se remettre d’un accident non spécifié ; de cruelles rumeurs circulent dans la communauté, prétendant que l’enfant, principalement confinée à la maison, est une sorcière. Un type de préjugé social s’étend à un autre à mesure que les fragments de la narration éparpillés du film commencent à se rassembler. « Lucy Lost » met du temps à dévoiler son intrigue dans sa première moitié à un rythme lent, mais cela n’est pas une mauvaise chose : Clert laisse aux spectateurs patients le temps de s’investir dans ces personnages variés, endommagés ou réprimés, avant de reconfigurer audacieusement leurs relations entre eux et la nôtre envers eux.

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Les personnages, dessinés avec des lignes simples, des yeux ronds et de grandes têtes sur des corps filiformes, sont attirants sans être très distinctifs, mais le monde qu’ils habitent est réalisé avec beaucoup plus de profondeur et de texture : Clert est attentif à la beauté naturelle herbeuse de la région et à la palette minérale ardoisée de son ciel et de sa mer, tandis que la flore et la faune locales sont évoquées dans les exploits insulaires de Lucy lorsqu’elle s’aventure à l’extérieur. Musicalement, la belle partition d’Anne-Sophie Versnaeyen varie des cordes éparses et mélodieuses à un grand déploiement orchestral à mesure que l’histoire prend de l’ampleur, passant d’une simple parabole villageoise à une fiction historique riche, incluant même le célèbre naufrage du Lusitania. La manière dont l’adaptation ambitieuse de Clert parvient à cela, en moins de 90 minutes, mérite d’être vécue en temps réel.

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