Simon Abkarian est impressionnant dans le rôle du patriotique De Gaulle, arborant son képi emblématique, explorant avec dynamisme la relation entre le Général français et Winston Churchill, dans un film qui évoque les grands blockbusters d’Hollywood d’autrefois.
Chaque Festival de Cannes a besoin d’un film comme « De Gaulle : Résistance », une production fièrement française et à grande échelle, possédant l’énergie d’un blockbuster hollywoodien classique. En effet, l’épopée à l’ancienne d’Antonin Baudry arbore toutes ces qualités de grand écran avec un délicieux excès, offrant un biopic traditionnellement divertissant sur l’homme aux multiples facettes qui a donné son nom à la France, et ses années décisives au début des années 1940 en tant que général exilé, avec une vision romantique de son pays qui vient juste de capituler face à l’Allemagne.
Faire preuve de bravoure et d’intelligence peu commune pour percevoir au-delà de la réalité immédiate de la défaite est essentiel. En 160 minutes — une durée qui n’est pas entièrement justifiée, bien que le film soit flamboyant et inspirant — « De Gaulle : Résistance » s’engage avec enthousiasme dans l’héroïsme et l’acuité stratégique de cet ancien président français. Très probablement un succès en France, le film de Baudry a également suffisamment d’ingrédients conventionnels pour séduire un large public international.
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Il convient de mentionner dès le départ que « Résistance » n’est pas uniquement un portrait de De Gaulle, mais également celui de l’anti-monarchiste vichyste Fernand Bonnier de La Chapelle, un membre ardent de la résistance française. Bonnier de La Chapelle n’avait que 20 ans lorsqu’il a assassiné l’amiral français vichyste François Darlan à Alger, alors que Darlan, largement perçu comme un collaborateur nazi, signait un accord controversé avec Eisenhower. Le jeune homme a été exécuté quelques jours plus tard par un peloton d’exécution, les événements qui ont précédé cette tragédie étant habilement tissés dans la narration principale du film, écrite par le réalisateur et Bérénice Vila.
L’ouverture est particulièrement astucieuse dans l’introduction précoce de Bonnier de La Chapelle, montré dans un état de détresse, écoutant attentivement la radio alors que le monde extérieur, avec une France vaincue, s’impose. Le montage élégant de Rehman Nizar Ali et Katie Mcquerrey marie les destins parallèles des deux protagonistes, nous guidant vers le type de film à double perspective que nous allons découvrir. Dans les rôles de De Gaulle et Bonnier de La Chapelle, respectivement, les acteurs Simon Abkarian et Florian Lesieur offrent des performances énergiques et physiques, juxtaposant habilement les qualités dissemblables des deux figures centrales de l’histoire qui partagent pourtant des idéaux similaires.
En plus d’une ressemblance physique surprenante, Abkarian fait ressortir une fermeté et une réticence dissimulée chez le De Gaulle de la quarantaine, qui persiste (et heureusement) à défendre la justesse de sa vision même lorsqu’il n’est pas totalement convaincu. Son maintien inflexible, son visage toujours sérieux et sa moustache ajoutent également une touche comique, surtout lorsqu’il se retrouve face à Winston Churchill (interprété par Simon Russell Beale, excellent), à la fois son allié le plus proche et un challenger espiègle. En revanche, Lesieur met en avant l’agilité illimitée et l’idéalisme fragile de Bonnier de La Chapelle. Aux côtés de la combattante Livia (Anamaria Vartolomei), il mène avec passion et participe à la contre-culture et à l’insurrection, dynamisant le récit chaque fois que son point de vue prend le pas.
De ce fait, « Résistance » donne l’impression d’être deux films distincts assemblés, bien que ses parties disparates s’additionnent à un tout cohérent. Les segments suivant Bonnier de La Chapelle sont sans doute plus réussis et sophistiqués, rappelant l’essence haletante d’un thriller politique de Costa-Gavras. Toutefois, une grande partie du film suit le parcours de De Gaulle et sa relation ambivalente avec Churchill, pleine d’affection et d’esprit au point qu’il semble presque que ces deux hommes se soient accidentellement retrouvés dans un film de guerre tout en réalisant une bromance. Nous suivons la dynamique de ce duo, Churchill étant à la fois le défenseur acharné et l’adversaire de De Gaulle, notamment lorsqu’il se retrouve entouré d’autres figures politiques de l’époque. Ces personnalités composent un impressionnant ensemble, interprété par des acteurs tels que Niels Schneider, Campbell Scott, Karim Leklou, Félix Kysyl, Benoît Magimel et Mathieu Kassovitz.
Sans aucune réserve, grand et bruyant, et accompagné de mélodies explosives de Volker Bertelmann (l’un des travaux moins lyriques du compositeur de « À l’ouest, rien de nouveau »), « Résistance » possède tous les éléments que l’on attend d’une épopée de guerre : des chars, des séquences de bataille bien orchestrées et des liens avec les problèmes contemporains de manière peu subtile. Il tombe de temps à autre dans le même piège que de nombreux films historiques ne peuvent éviter — à plusieurs reprises, ces figures politiques parlent et agissent comme si elles savaient exactement les conséquences futures de leurs actions. Un autre point faible dans ce film par ailleurs abouti est parfois un dialogue trop explicatif qui surligne ce que nous venons de voir. (Lorsque De Gaulle fait son célèbre appel du 18 juin, par exemple, et refuse de se rendre aux nazis, il est sans doute superflu qu’un personnage résume l’essence de son discours avec ses propres mots alambiqués.)
Néanmoins, « De Gaulle : Résistance » offre exactement ce qu’il promet : un film de guerre soigné qui interroge le passé et éclaire le présent, où le fascisme représente à nouveau une menace. Baudry met en avant les muscles de thriller tendus qui ont rendu son thriller sous-marin de 2019, « Le Chant du loup », si captivant. Il y a aussi suffisamment de pathos et de sentimentalité pour agrémenter les parties les plus simples du film. Espérons que les publics internationaux n’auront pas à attendre trop longtemps pour le voir, ainsi que « De Gaulle : Liberté » — le deuxième volet du projet en deux parties de Baudry, qui sortira en France cet été. Le monde a certainement besoin de rappels de nos jours sur la véritable signification du patriotisme.
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Marc Lefebvre est un économiste et journaliste, expert en macroéconomie et marchés financiers mondiaux.