Critique de ‘L’homme dans mon sous-sol’ : Corey Hawkins et Willem Dafoe dans un thriller psychologique

Le premier long-métrage de Nadia Latif, qui fait ses débuts au Festival international du film de Toronto, est trop limité par le littéral pour accéder à la puissance symbolique de son récit.

Le thriller psychologique « L’Homme dans mon sous-sol » s’inspire du roman du même nom de Walter Mosley, publié en 2004, mais n’offre guère d’intrigues psychologiques ou de sensations fortes. Situé dans le pittoresque village de Sag Harbor à Long Island — une communauté historiquement afro-américaine — il suit un jeune homme noir, désabusé, dont la maison héritée devient le théâtre d’une étrange expérience menée par un homme blanc d’âge moyen, tout en effleurant des thèmes de culpabilité, de traumatisme et d’animosité raciale qui n’évoluent guère rapidement.

Mosley coécrit le scénario avec la réalisatrice débutante Nadia Latif, qui montre un potentiel énorme dès le départ, capturant la direction sans but du jeune Charles Blakey (Corey Hawkins) alors qu’il s’oppose à l’un de ses amis sans raison valable. Il y a une rage latente et un mépris de soi chez Blakey, que Latif traduit par un mouvement de caméra imprévisible, mais ces premiers instants constituent à peu près l’énergie maximale que le film réussit à atteindre.

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Blakey, ayant hérité de la maison isolée de sa mère ainsi que de tous ses biens, se retrouve avec d’importantes dettes. Mais alors que la menace d’une saisie se profile, un homme d’affaires mystérieux et riche du Connecticut, nommé Anniston Bennet (Willem Dafoe), se présente le lendemain avec une offre étrange mais lucrative : louer le vaste sous-sol de Blakey pour une somme d’argent conséquente pendant plusieurs mois, sans questions posées — ni réponses fournies.

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Blakey, toujours à la recherche d’un emploi et ayant une mauvaise réputation en ville, finit par accepter l’offre. Il vide les affaires de sa mère du sous-sol, pour redécouvrir de vieux artefacts ouest-africains — des masques cérémoniaux portant des secrets mystérieux — qui ont été dans sa famille pendant des générations. Avant le séjour de Bennet, il fait parvenir de grandes caisses de matériaux secrets, tel un comte transylvanien, pendant qu’il tente d’évaluer les diverses antiquités qu’il trouve (avec l’aide d’une séduisante amie marchande d’art, interprétée par Alice Diop). Mais à l’arrivée de Bennet, la situation prend une tournure bizarre, lorsque le riche magnat construit une cellule de prison dans le sous-sol, dans un acte apparent de pénitence méditative qui force Blakey à inverser les dynamiques de pouvoir traditionnelles.

Il faut une bonne partie des presque deux heures que dure le film pour que ces éléments finissent par s’imbriquer, ou pour que le cadre de l’histoire devienne clair (l’action se déroule au milieu des années 90). Après cela, une grande partie des dialogues entre les deux personnages principaux vise à comprendre pourquoi Bennet s’est fait le prisonnier de Blakey, ou ce qu’il attend de lui. Les réponses, cependant, sont souvent trop abstraites pour construire un récit linéaire autour. « L’Homme dans mon sous-sol » n’est pas du tout le genre d’étude psychologique ésotérique qui pourrait se prêter à l’absurde proposé.

Dans une interview accordée à NPR en 2004, Mosley affirmait que son livre original était une tentative de « montrer une rencontre entre le mal et l’innocence », mais même à son niveau le plus symbolique, le film tire rarement une puissance représentative de son postulat et reste trop ancré dans le littéral pour atteindre une forme de décollage esthétique. Les masques mentionnés précédemment, par exemple, suscitent des visions étranges pour Blakey, mais la frontière nette entre ses rêves et sa vie éveillée épuise ces séquences de toute tension.

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Les thèmes sous-jacents sont principalement laissés à Dafoe pour être expliqués dans de longs monologues. L’acteur les interprète avec brio, mais les mots tournent autour d’idées qui ne trouvent jamais de concrétisation visuelle. Cela n’aide certainement pas que ces échanges dans le sous-sol sombre manquent rarement de cohérence visuelle, avec des prises de vue s’imbriquant de manière maladroite, laissant les scènes dans un terrain vague non engagé entre le naturalisme et le déconcertant. Au-delà d’un certain point, les nombreuses tentatives de Latif pour créer une ambiance et une atmosphère à travers le mouvement finissent par manquer de sous-texte à exploiter, et jouent comme des embellissements sans substance.

Le personnage de Blakey semble être une tentative d’assembler toutes ces parties disparates, mais ses problèmes n’aboutissent guère à des investigations psychologiques qui pourraient le rendre un protagoniste ne serait-ce qu’un peu captivant. Hawkins, pour sa part, interprète son rôle avec un enthousiasme et une imprévisibilité dignes d’une scène de théâtre que le film parvient rarement à égaler. Le résultat est une histoire composée de nombreux points de terminaison et de conclusions thématiques, dont les connexions ne semblent pas significatives, et dont les étrangetés situationnelles ne suscitent que peu d’excitation ou d’intrigue. Le film semble avoir des choses à dire sur le traumatisme personnel et l’histoire noire aux États-Unis, mais au moment où le générique de fin commence à défiler, il a à peine commencé à les exprimer.

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